Christoph Blocher affichait mardi une mine de gladiateur sûr de sa victoire. Venu présenter le dernier bilan de la suppression de l'aide sociale aux requérants d'asile frappés d'une décision de non- entrée en matière (NEM), il a souligné que les objectifs de la mesure étaient atteints, s'est dit satisfait de la baisse des demandes d'asile et des économies qu'elle engendre, mais ne s'est pas vraiment attardé sur ses points négatifs. Parmi ceux-ci, les frais élevés des cantons liés à la couverture de l'aide d'urgence. Plusieurs d'entre eux, Zurich en tête, se plaignent de trop devoir mettre la main au porte-monnaie.

«Nous allons réfléchir à une éventuelle hausse de la contribution de la Confédération, qui s'élève actuellement à 600 francs par décision de NEM», a rapidement déclaré Christoph Blocher. Mais pas tout de suite. D'ailleurs, insiste-t-il, ces NEM doivent «rentrer chez eux le plus rapidement possible». Toute mesure qui inciterait les personnes dont la demande a été jugée manifestement infondée à rester en Suisse serait contre-productive, insiste-t-il.

Le rapport de l'Office fédéral des migrations (ODM), quatrième du genre, évalue les répercussions financières de la mesure entrée en vigueur le 1er avril 2004, jusqu'au 31 mars 2005. Pour la première fois, il donne des indications sur les 4990 nouvelles personnes qui depuis le début de cette année sont également privées d'aide sociale: ce sont les anciens NEM, ceux dont la décision de non-entrée en matière est tombée avant le 1er avril 2004.

Entre avril 2004 et fin mars 2005, 4450 requérants d'asile ont été déboutés d'office et donc privés d'aide sociale. Parmi eux, 16% ont recouru à une aide d'urgence, minimum vital garanti par la Constitution. Pour 2004, la manne fédérale a couvert les frais des cantons, ont insisté Christoph Blocher et Eduard Gnesa, patron de l'ODM. Le coût des prestations octroyées par les cantons aux personnes frappées d'une NEM s'est élevé à 2,6 millions de francs, alors que les indemnités fédérales étaient de 2,8 millions de francs. Les chiffres de 2005 sont par contre moins flamboyants: rien que sur les 4990 «anciens NEM», 24% demandent une aide d'urgence. «Jusqu'à fin 2004, la Confédération versait pour ces personnes une aide sociale ordinaire aux cantons. Ceux qui doivent aujourd'hui leur fournir une aide d'urgence, sans contribution de la Confédération, sont ceux qui se sont montrés trop laxistes auparavant», commente Christoph Blocher.

Entre janvier et mars, les cantons ont affiché un déficit de près de deux millions de francs au titre des dépenses d'aide d'urgence. Et cette détérioration n'est pas prèsde se résorber. Les indemnités fédérales ont tendance à baisser en raison du recul des demandes d'asile, or la multiplication des bénéficiaires de l'aide d'urgence et l'allongement de la durée de perception des prestations, probablement en raison de l'hiver, pèsent toujours plus sur les cantons. «La jurisprudence du Tribunal fédéral concernant l'octroi de l'aide d'urgence y est aussi pour quelque chose», critique Christoph Blocher.

Devant la presse et sous les yeux d'un représentant de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR) plus que sceptique, le ministre UDC s'est en fait surtout félicité de la baisse des demandes d'asile infondées qu'il attribue à la fois à la nouvelle réglementation et à l'accélération des procédures. La Suisse a enregistré une baisse des demandes de 42% en un an. Elle a pour la première fois connu un recul plus important que la moyenne européenne, qui est d'environ 22%. Le nombre de personnes relevant du domaine de l'asile a diminué de plus de 12 000 et les économies réalisées dépassent largement les 15 millions de francs prévus. Christoph Blocher a aussi affirmé haut et fort que les NEM avaient tendance à partir plus rapidement: ils reçoivent l'aide d'urgence durant 68 jours en moyenne, puis quittent la Suisse ou disparaissent des statistiques officielles. «La durée de leur séjour après une NEM est de cinq à six fois plus courte que pour les personnes dont la demande a été refusée», a-t-il encore insisté.

Et d'assurer que le taux de criminalité des personnes privées d'aide sociale n'a pas drastiquement augmenté, comme certains le craignaient. Pour Christoph Blocher, toutes ces indications ne font que le conforter dans sa volonté d'étendre la suppression de l'aide sociale à tous les requérants déboutés.