Migrations

Les requérants érythréens dénoncent une pression croissante en vue de leur renvoi

Depuis l’été 2018, le Tribunal administratif fédéral (TAF) a rendu plusieurs centaines de décisions de renvoi. Les candidats à l’asile s’inquiètent en parallèle des efforts de la Confédération pour conclure un accord de retour avec le gouvernement d’Asmara

Les yeux gonflés, Tesfamariam* s’assoit lentement à une table de la cafétéria d’Uni Mail à Genève. Accompagné de Mélissa Llorens, de l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers, il semble fatigué à l’idée de raconter à nouveau son histoire. «J’ai été emprisonné pendant plusieurs mois parce que j’avais arrêté l’école suite à des problèmes de santé», explique-t-il, en français. «En prison, nous étions plus de 400. Il n’y avait ni toilettes ni fenêtres. Lorsque j’ai pu saisir une occasion, je me suis enfui», ajoute-t-il, avant de s’interrompre, visiblement ému. Mélissa Llorens continue pour lui: «En Erythrée, les gens sont détenus sans procès. Comme aucune ONG ne peut se rendre en prison, nos seules sources proviennent des détenus eux-mêmes.»

Après la fuite commence le long voyage qui l’emmènera en Suisse après avoir traversé l’Ethiopie, le Soudan, la Libye et l’Italie. Arrivé à Bâle, Tesfamariam est transféré à Genève. Convoqué à Vallorbe pour l’évaluation de ses motifs d’asile, il commet une erreur: «J’avais peur de donner toutes les informations, pour protéger ma famille. Du coup, j’ai omis une partie de mon récit, ce qui a convaincu les autorités que mon histoire n’était pas vraisemblable.»