Asile

Les requérants nigérians ne viennent plus en Suisse

La crise migratoire tant redoutée n’est pas d’actualité. Les chiffres de l’asile sont même à la baisse. Facteur parmi d’autres: le partenariat migratoire conclu avec le Nigeria, un des principaux pays de provenance, fait ses preuves

En juillet 2017, 1694 demandes d’asile ont été déposées en Suisse. On est loin de l’afflux tant redouté par les autorités. En juillet 2015, au début de la crise migratoire, les requérants étaient plus du double à déposer une requête et les structures d’accueil affichaient plus que complet. En juillet 2016, la baisse était déjà nette, avec 2477 arrivées. La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a ainsi fait sa rentrée politique jeudi en toute quiétude: son département n’a pas occupé les médias durant le creux de l’été. L’UDC a bien tenté de s’agiter. Mais l’éditorial de son chef de groupe parlementaire, Adrian Amstutz, intitulé «Silence SVP – Le gouvernement dort», est tombé à plat.

Plusieurs éléments expliquent ce calme relatif: la route des Balkans est fermée; la Turquie gère mieux ses frontières et la collaboration avec l’Italie, principal pays d’arrivée en Europe, a été renforcée. Selon l’administration fédérale, des mesures internes servent également d’épouvantail, comme les procédures accélérées menées dans les centres de la Confédération, destinées principalement aux migrants économiques et à tous ceux dont la requête se révèle rapidement infondée.

On note ainsi de grandes différences pour certains pays de provenance, dont le Nigeria, qui a pratiquement disparu des statistiques. En juillet 2017, 63 Nigérians ont déposé une demande d’asile en Suisse. En 2009 par contre, ils étaient en tête des nationalités des nouveaux requérants. Un pic a été atteint en 2012, avec 2746 demandes d’asile enregistrées pour cette seule communauté.

Résultats d’un partenariat

Les chances pour les Nigérians d’obtenir l’asile ont toujours été très faibles. Leur forte présence dans les statistiques s’expliquait cependant par les réticences d’Abuja à coopérer pour organiser le retour de ses ressortissants. La crise économique qui a frappé une partie de l’Europe en 2008 a encore accentué l’attrait de la Suisse.

En 2010, le décès d’un jeune Nigérian lors de son retour forcé par un vol spécial a conduit à la suspension de tous les renvois vers cette destination. Alors chef d’office, Alard du Bois-Reymond avait encore jeté de l’huile sur le feu en déclarant à la presse que «99% des requérants d’asile nigérians n’ont pas la moindre chance d’obtenir satisfaction et que, pour une grande part, ils viennent en Suisse pour pratiquer des activités criminelles». Cette période de tensions a trouvé son épilogue par la conclusion d’un partenariat migratoire. L’accord permet aux deux pays d’y trouver leur compte étant donné qu’il couvre un large spectre.

Les Nigérians en Suisse bénéficient notamment d’une aide au retour. Ils perçoivent un montant net de 1000 dollars par personne dès leur arrivée au pays. S’ils ont un projet d’entreprise, de formation ou de réinsertion, ils touchent 6000 dollars. Selon les statistiques fournies par le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM), 893 Nigérians se sont inscrits pour percevoir cette aide au retour. Ils ont été les plus nombreux en 2013. A la fin de l’année dernière, les autorités cantonales ont reçu une missive annonçant la fin du programme étant donné la faiblesse du nombre des participants.

Un enjeu international

Secrétaire d’Etat aux migrations, Mario Gattiker est cependant conscient qu’une signature en bas d’un accord ne règle pas une question complexe. L’administration fédérale en a d’ailleurs fait l’expérience avec le cas d’un Nigérian qui avait demandé l’asile en Suisse en raison de son homosexualité. Après avoir décidé de le renvoyer, le SEM a dû faire volte-face.

Sur le plan international, le sort des migrants de l’Afrique de l’Ouest, dont le Nigeria, reste également préoccupant. La plupart traversent le désert, subissent de graves violences à leur arrivée en Libye puis mettent leur vie entre les mains de passeurs sans scrupule. Jeudi à Berne, Simonetta Sommaruga est revenue sur l’importance d’aborder la question dans sa globalité, et surtout en collaboration avec tous les pays concernés. Les 23 et 24 juillet dernier, elle a ainsi participé à Tunis à une rencontre ministérielle sur la Méditerranée centrale. Pour la première fois, le Niger et le Tchad étaient également présents car ils sont d’importants pays de transit. Tous devraient se réunir à nouveau en Suisse, à l’invitation de la conseillère fédérale. 

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