Il y eut un doute, lorsque le débat du Grand Conseil neuchâtelois est devenu débridé et parfois houleux, lorsque les adversaires UDC et PLR du projet de RER et de Transrun – cette ligne ferroviaire directe souterraine de 16,7 kilomètres à construire entre les gares de Neuchâtel et de La Chaux-de-Fonds – ont multiplié les interventions hostiles. Mais au final, mardi à 23h30, après plus de six heures de débat, après une intervention solennelle du ministre Jean Studer, une large majorité de 90 députés contre 15 a apporté un soutien déterminé à l’infrastructure « qui fera entrer Neuchâtel dans le XIXe siècle », selon la formule du socialiste Baptiste Hurni.

C’est une importante victoire d’étape pour les partisans de ce programme. Mais pas encore la certitude que le Transrun se fera. Le Grand Conseil fera une deuxième lecture du projet en juin et, surtout, le dernier mot reviendra au peuple, le 23 septembre. «Nous devons maintenant descendre dans la rue et aller convaincre», affirme le ministre des Transports, Claude Nicati. «Nous comptons sur vous », a-t-il adressé aux députés, les impliquant dans la campagne à mener durant quatre mois.

« Nous vivons un moment historique », a lancé, en guise de préambule, le député socialiste Bertrand Nussbaumer. « Le projet influencera le développement du canton pour plusieurs décennies. » «Il doit permettre de nous développer à l’intérieur et à l’extérieur », renchérit le PLR Pascal Sandoz. « Les Neuchâtelois ont un train à prendre», pour le Vert Laurent Debrot. «Chacun pourra alors être fier d’être Neuchâtelois », selon le socialiste Mario Castioni. « Nous sommes à la croisée des chemins, dit encore Claude Nicati. Il ne sera plus possible de revenir en arrière.»

Ainsi, une majorité finalement large est prête à investir 919 millions dans l’infrastructure ferroviaire, dont 241 millions seront amenés par les CFF qui ne devront pas rénover l’actuelle ligne vieille de 152 ans Neuchâtel – La Chaux-de-Fonds par Chambrelien et son rebroussement, et 111 millions par la Confédération via le fonds d’agglomération. Reste 560 millions à charge des pouvoirs publics neuchâtelois.

Le plan de financement prévoit, entre 2014 et 2022, que le canton mette 12 millions par an et les communes 8 millions. Puis, dès 2023, lorsque le Transrun sera réalisé et opérationnel, et durant 25 ans, canton et communes paieront 32 millions par an (60% pour le canton et 40% pour les communes). En 2047, l’investissement devrait être entièrement amorti.

En fait, le projet ferroviaire ne suscite pas d’opposition. C’est son financement qui pose problème. Avec cette question qui taraude les Neuchâtelois: le canton qui peine à équilibrer ses comptes, a-t-il les moyens de se le payer ? L’UDC et certains libéraux-radicaux estiment que non. «Le projet est magnifique, mais il faut savoir humblement dire non», relève le député UDC Raymond Clottu.

Les commissions parlementaires ont pourtant trouvé une formule consensuelle destinée à rassurer. En même temps qu’ils voteront le crédit de 919 millions, les Neuchâtelois inscriront un article dans la Constitution cantonale exigeant qu’à la mise en service du RER, en 2023, le budget de l’Etat doit être équilibré. Le Conseil d’Etat devra présenter une loi, au plus tard le 31 décembre 2013, qui dira comment résorber le déficit structurel et absorber l’investissement pour le RER.

En plus d’être un atout majeur de développement et de mobilité, le programme ferroviaire aura deux autres vertus : il doit générer la finalisation de l’assainissement des finances entamé par Jean Studer il y a sept ans et mettre en route les réformes institutionnelles qui feront des villes de Neuchâtel, de La Chaux-de-Fonds et du Locle, une véritable agglomération polycentrique.

Si certains sceptiques refusent le programme car la facture s’annonce trop lourde, d’autres, à l’instar du libéral-radical Philippe Bauer, estiment le projet inacceptable car le compromis ne respecterait pas l’unité de matière. Comment est-il possible de lier un investissement pour le rail et un article constitutionnel décrétant l’équilibre budgétaire.

Un recours est à craindre. Le canton de Neuchâtel avait vu son compromis politique, en 2011, entre un programme de soutien aux crèches et la réforme de la fiscalité des entreprises, cassé par le Tribunal fédéral, provoquant un report de la votation populaire. Le même sort pourrait repousser la votation du 23 septembre.