Vaud s’envole vers son destin métropolitain. Les trains régionaux vont parcourir le canton à des rythmes de plus en plus serrés. Le rail, un quasi-métro, s’affirmera en véritable alternative à la route également à la périphérie de l’agglomération lausannoise. Le déploiement futur du RER répond à la croissance démographique et économique hors norme du canton, bientôt une ville étendue de 800 000 habitants. L’écorce rurale du canton s’urbanisera encore davantage.

Après les rives du lac Léman, le réseau express part à la conquête de l’arrière-pays. Dans quelques années, le voyage hoquetant en direction de la vallée de Joux ou de la Broye va se transformer en une course fréquente et rapide. Une multitude de faisceaux baliseront le territoire avec Lausanne en nœud ferroviaire.

François Marthaler était fier vendredi de présenter ce legs aux Vaudois. Sur le départ après huit ans passés au Conseil d’Etat, le Vert boucle ses dossiers. Le RER en fait partie. Et plus particulièrement la desserte renforcée des régions qui se sentaient négligées à l’avantage de l’Arc lémanique.

A partir de 2015, les rames vont s’étirer jusqu’à Grandson, près d’Yverdon. Deux ans plus tard, la flotte de Flirt et de Domino relieront sans changement Le Brassus à Villeneuve. Tout comme les convois relieront Lausanne à Morat via Payerne d’un seul tenant. Ceci est possible grâce à l’intégration au réseau vaudois de la ligne Payerne – Morat depuis décembre 2010. Puis, en 2018, les trains circuleront de Cully à Cossonay, quatre fois par heure. L’inauguration de la halte de Prilly-Malley à la fin du mois de juin marquera concrètement et symboliquement le début de l’ère nouvelle.

Jeannine Rainaud, syndique de la commune du Chenit à la vallée de Joux, salue le progrès «énorme». Les pendulaires, en nombre, pourront renoncer plus facilement à la voiture, tout comme les touristes. Le trajet est plus court et plus confortable. «C’est une aide au développement», souligne l’élue, qui préfère ne pas parler de région désenclavée. Même si c’est un peu le cas.

Ce programme coûtera 166 millions de francs, financés par la Confédération et le canton de Vaud. Une demande de crédit sera soumise au Grand Conseil en automne 2012.

Plus tard, vers 2025, au pire 2035, une troisième voie CFF filera de Renens à Allaman afin d’assurer sur ce tronçon des cadences à la demi-heure. En attendant, Vaud et Genève vont annoncer la semaine prochaine l’introduction de quatre liaisons par heure sur la troisième voie entre Coppet et Genève.

Ce vaste dessein s’inspire de Zurich et de Berne. Deux fois plus d’usagers que dans le canton de Vaud y utilisent les transports publics. L’offre bien plus importante explique la différence, a rappelé François Marthaler. Le futur RER vaudois en gestation entend rattraper le retard. Et continuer de freiner l’essor du trafic routier. Même si, là, le transfert modal se fait plus lentement que prévu, selon les dernières statistiques officielles.

En dépit de ce constat, les chiffres montrent des hausses spectaculaires de la fréquentation du rail. Partout. Et non sur l’axe Genève – Montreux seulement. De 9 millions de clients en 2007, on est passé à 14,7 millions en 2011. A l’avenir, les autorités prévoient une croissance annuelle moyenne de 5%. Cela explique la volonté d’accélérer le développement du réseau régional.

Quelque peu en porte-à-faux, Vi ncent Kaufmann prend la peine de questionner ce qui semble à coup sûr un progrès. Le professeur du Laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL note qu’un RER performant a certes le don de dynamiser la périphérie par rapport aux centres urbains. Cependant, le chercheur s’interroge sur l’impact du «pendularisme» induit par une mobilité accrue. Comment endiguer le mitage du territoire? Que penser de la «sédentarisation» de la population qui déménage moins? Le «tout au train» est-il la meilleure solution? Quelle vision du pays charpente le développement des transports publics? Autant de questions qui peuvent déboucher sur des réponses inattendues. Comme l’idée selon laquelle le va-et-vient quotidien de milliers de salariés, d’étudiants, d’hommes d’affaires mériterait enfin d’être régulée, sinon limitée, plutôt que facilitée.

Ce vaste dessein s’inspire des cantons de Zurich et de Berne