Rarement nous avons autant douté s’agissant d’un objet soumis au vote. Faut-il encourager les réseaux de soins intégrés ou rejeter une réforme débattue depuis sept ans?

L’opposition d’une partie des médecins, en particulier des spécialistes, ou les craintes exprimées par le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard comportent de sérieux arguments. Concrètement, il existe un risque que les réseaux deviennent les instruments d’une rationalisation cachée des soins, et discriminante pour les patients les plus vulnérables. Et nul ne sait comment les réseaux vont évoluer et se comporteront avec des assureurs qui ont obtenu le droit de ne pas contracter avec un groupe donné de prestataires. En pratique, comment définira-t-on la qualité et qui évaluera la performance? Enfin, tout esprit libéral se méfie de modèles qui limitent la liberté individuelle dans sa relation avec son médecin. D’autres arguments, avancés par les opposants, peuvent être écartés du débat. Ainsi, il est normal que l’entrée dans un réseau de soins soit récompensée par un allégement des primes et que l’on décourage, sans avis médical préalable, le recours à un spécialiste.

L’enjeu n’est donc pas les réseaux en eux-mêmes mais la régulation d’un nouveau système de soins ambulatoires. La compensation des risques devrait, pour autant que l’on fasse confiance aux ordonnances du Conseil fédéral, éviter la pratique dommageable qui consiste à chasser les bons risques et à léguer les cas lourds aux finances publiques, germe d’une médecine à deux vitesses que personne ne peut souhaiter. Par ailleurs, s’il est tout à fait normal que les caisses maladie puissent négocier et exercer une saine pression sur les prestataires, le régulateur doit s’assurer que ce pouvoir sera contrebalancé par une complète transparence et une méthodologie de la qualité.

Vous me direz que cela fait beaucoup de «si». C’est vrai. Mais quelle est l’alternative? Les réseaux de soins peuvent être l’aiguillon d’une médecine qui valorise le travail essentiel des généralistes, le début d’une maîtrise plus rationnelle des données médicales et, espérons-le, le cœur de structures plus professionnelles pour accompagner une politique de prévention qui fait défaut dans le système. Un petit «oui» est préférable à un «non» qui bloque, pour des années, toute nouvelle tentative de réformes que chacun pressent comme nécessaires.