Sondage

Les réseaux de soins ne recueillent que 33% d’avis favorables

Le premier sondage de gfs.bern pour la SSR confirme la tendance exprimée ces dernières semaines lors des assemblées des partis. Un citoyen sur quatre est encore indécis

Les réseaux de soins semblent condamnés à l’échec le 17 juin prochain. Le premier sondage gfs.bern/SSR dévoilé vendredi met en évidence un net avantage pour le camp du non avec 44% des intentions de vote. Le oui plafonne à 33%. Le taux d’indécis reste très élevé, avec presque un électeur sur quatre (23%). Les initiatives populaires sur l’épargne logement (47% de oui, 38% de non) et «Parole au peuple pour les traités internationaux» (44% contre 44%) sont elles aussi mal parties. L’expérience montre que le rejet a tendance à se renforcer au fil de la campagne.

L’enquête a été réalisée entre le 20 avril et le 5 mai sur un échantillon représentatif de 1205 personnes. Elle décrypte l’adhésion des sondés à la révision de la loi sur l’assurance maladie dite du Managed Care. Elle prévoit de regrouper des médecins et autres prestataires de soins (physiothérapeutes, sages-femmes, etc.) en réseaux pour assurer un suivi «intégré» des patients pendant toute la durée du traitement. Et réduire ainsi le nomadisme médical et faire baisser les coûts de la santé.

Acceptés par une nette majorité du parlement en septembre 2011, combattus par un référendum du PS et de la Fédération des médecins suisses (FMH), les réseaux de soins ont subi plusieurs revers ces derniers jours. L’UDC et le PBD se sont prononcés contre le projet, prenant le contre-pied de leur groupe parlementaire. Les sections genevoises et lucernoises du PDC ainsi que la section vaudoise du PLR ont pris des positions similaires.

Les sympathisants de tous les partis politiques s’opposent au Managed Care, avec un refus particulièrement net à l’UDC (49% de non, 28% de oui). Le soutien le plus marqué provient des électeurs du PDC (43% de oui). Le fort taux d’indécis s’explique en grande partie par la complexité du dossier. Résultat: aucun des arguments mis en avant par les représentants des deux camps n’obtient une large adhésion. L’idée d’une «amélioration de l’efficience du système de santé» recueille 48% d’avis positifs (34% de non). Ce résultat est inversé concernant la crainte de voir apparaître «une médecine à deux vitesses» (50% de oui, 38% de non).

Autre point intéressant: la thématique ne provoque pas un Röstigraben entre Romands et Alémaniques (44% d’avis négatifs des deux côtés de la Sarine pour une adhésion de respectivement 31% et 33%). Cela remet en cause l’idée reçue que les seconds, qui «pratiquent» les réseaux de soins depuis plusieurs années, y sont plus favorables. La situation est plus serrée au Tessin, avec 42% de non et 38% de oui.

Ces chiffres renforcent le sentiment que les jeux sont faits, comme le laissait entendre cette semaine le conseiller national Jean-François Steiert (PS/FR) en espérant un résultat «au moins honorable» le 17 juin (LT du 08.05.2012). La déception est d’autant plus vive que les réseaux de soins ont longtemps eu le vent en poupe. En septembre 2011, le sondage «Santé 2010» commandé par Santésuisse mettait en évidence une adhésion très large: 69% des sondés pensaient que le Managed Care permettait d’améliorer la qualité des traitements médicaux; 65% qu’il constituait une mesure importante pour réduire les coûts de la santé.

Malgré le vent contraire, les partisans des réseaux de soins vont se battre «jusqu’au bout», comme le promet le conseiller national Ignazio Cassis (PLR/TI). Lui-même médecin, il se dit «surpris en bien» par le résultat du sondage. «Avec ce que j’entends autour de moi, je pensais que le non serait encore plus élevé. J’explique notre difficulté à convaincre par l’intense travail d’une grande majorité de médecins pour torpiller le projet. Je l’ai vécu personnellement au sein de la section tessinoise du PLR. Beaucoup de mensonges ont été dits pour faire peur. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la gale.»

Ignazio Cassis est persuadé que le oui peut encore l’emporter le 17 juin. «Rien n’est encore joué, assure-t-il. J’espère beaucoup de l’entrée en campagne d’Alain Berset. On ne l’a pas encore beaucoup entendu. Il est convaincu personnellement que c’est un bon projet. Pour la population, l’avis d’un conseiller fédéral a du poids. L’Université de Berne va en outre présenter prochainement une étude sur vingt ans d’expérience du Managed Care en Suisse. Cela devrait booster la campagne.»

«J’espère beaucoup de la campagne d’Alain Berset. Il est convaincu personnellement que c’est un bon projet»

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