«Nous soutenons le projet, mais sous certaines conditions.» C'est, en substance, le message qu'ont délivré mardi après-midi les différents groupes du Grand Conseil neuchâtelois lors de l'examen des rapports du Conseil d'Etat sur la planification sanitaire et sur l'Etablissement hospitalier multisite (EHM). Tous devraient accepter l'entrée en matière ce mercredi. Le passage en revue des amendements lors du deuxième débat risque toutefois de susciter des discussions animées.

Les socialistes soutiennent très largement le projet de leur ministre Monika Dusong, lequel vise à réunir les hôpitaux du canton dans une structure unique (LT du 02.11.2004). Pour Odile Duvoisin, rapporteuse du groupe, l'EHM constitue ainsi «une question de survie» pour le système hospitalier neuchâtelois. Les représentants du groupe PopEcoSol se montrent plus réservés. Ils jugent inacceptable que les contrats de travail du personnel de l'EHM soient régis par le droit privé et non par le droit public. Ils s'inquiètent également des conséquences de la mobilité facilitée du personnel.

La droite, dans sa grande majorité, est acquise au projet. Libéraux et radicaux n'ont ainsi pas pris à leur compte la récente prise de position de Santésuisse, qui estime que l'EHM garantit la pérennité d'établissements «dont l'existence ne se justifie pas». «Nous ne sommes pas des économistes froids, plaide Jean-Frédéric de Montmollin, rapporteur du groupe libéral. Les hôpitaux régionaux sont des centres économiques régionaux. On ne peut pas les supprimer comme ça. Avec les soins aigus dans les villes et la suite des soins en périphérie, le compromis trouvé est satisfaisant.»

Spectre bureaucratique

Restent quelques réserves. Les libéraux craignent notamment que l'EHM suffoque sous le poids d'un appareil administratif trop lourd. «Nous voulons avoir la certitude que les structures qui chapeautent les sept hôpitaux partenaires soient affectées pour l'EHM sans engagements supplémentaires», souligne Jean-Frédéric de Montmollin. En conséquence, le groupe a déposé un amendement imposant que hormis le Conseil d'administration et le directeur général, «aucun autre poste de travail de soit crée jusqu'en 2008».

L'opposition la plus franche à l'EHM provient de l'extérieur du parlement cantonal. Selon L'Express et L'Impartial de mardi, l'ancien député libéral Pierre-Jean Erard pourrait lancer un référendum contre un projet «tentaculaire», «rigide» et «autoritaire». Quelques députés libéraux pourraient s'associer à une démarche qui ressemble avant tout à une tentative d'intimidation pour faire passer les amendements libéraux.

En début de soirée, après avoir écouté patiemment les doléances des députés, Monika Dusong s'est dite «satisfaite» de l'accueil réservé au projet. Concernant «la rigidité» présumée de la structure, elle a assuré que l'EHM pourra signer des contrats de prestation avec des cliniques privées, cette possibilité ne se limitant pas à l'hôpital de La Providence.

Elle a réaffirmé sa conviction que l'EHM constitue le seul moyen de garantir des prestations hospitalières de qualité à un prix s'inscrivant dans la moyenne suisse. «Car pour l'heure, nous sommes beaucoup trop cher», a-t-elle souligné. Pour terminer, elle a réfuté toute complexification de l'organigramme hospitalier. «L'EHM apporte une nécessaire simplification. Il n'a rien d'un grand machin. Ce n'est même pas un bébé CHUV.»