«Un contribuable domicilié dans le canton de Berne qui possède un chalet dans l'Oberland ne sera pas soumis à l'impôt sur les résidences secondaires. En revanche s'il a une résidence en Valais, il devra s'acquitter de cet impôt.» Ce Bernois et son chalet oberlandais sont devenus mythiques en Valais. Le Conseil d'Etat en a fait son exemple favori pour critiquer une disposition du paquet fiscal: le remplacement de la taxe sur la valeur locative par un impôt sur les résidences secondaires (IRS) que ne paieraient que les non-résidents, c'est-à-dire les confédérés d'autres cantons et les étrangers.

Avec à la clé un certain manque à gagner pour le canton et les communes. Le Service cantonal des finances, par son chef, Gilbert Salamin, parle de 10 millions, et le député PDC Paul-André Roux, expert fiscal et favorable au paquet, de 4 millions. «De toute façon, explique Paul-André Roux, que ce soit 4 ou 10 millions, on arriverait à compenser cette différence en relevant la valeur fiscale des immeubles. Nous avons la valeur fiscale la plus basse de Suisse. Elle est même illicite, la Confédération ayant fixé son minimum à 70% de la valeur du marché. Or en Valais nous sommes à 60%.»

Nul ne peut dire cependant si les propriétaires de résidences secondaires en Valais paieront plus avec l'IRS que dans la configuration actuelle: «C'est une question de volonté politique, explique Paul-André Roux. Le taux maximal de l'IRS est fixé à 1% de la valeur fiscale. Mais cette valeur, c'est le législateur qui la détermine. On peut donc décider de faire payer plus, ou moins, ou de maintenir le statu quo.» Gilbert Salamin objecte qu'on ne «peut relever les valeurs fiscales sans modifier tout le système d'imposition».

Selon ses détracteurs, l'IRS pourrait inciter les confédérés à s'acheter un chalet dans leur canton plutôt qu'en Valais, et introduirait une disparité entre les Valaisans d'un côté, et les confédérés et les étrangers de l'autre: «Au niveau marketing, ce n'est pas jouable. Les étrangers vont se sentir prétérités, floués, et c'est ce sentiment-là qui va prévaloir. Non le fait qu'ils pourraient peut-être payer moins qu'actuellement», estime Gilbet Salamin. Wilhelm Schnyder, chef du Département des finances, va encore plus loin: «Cet impôt, c'est de la dynamite, nous pourrions être attaqués devant les tribunaux fédéraux et internationaux du fait qu'on impose un Belge, un Français, un Vaudois et pas un autochtone.» «Je ne crois pas à l'argument que l'on choisirait l'emplacement de son chalet en fonction du système fiscal. Je ne connais pas beaucoup de Bernois, d'ailleurs, qui aient leur chalet en Valais», rétorque le conseiller national Jean-René Germanier.

L'argument du marketing ne convainc pas davantage Thomas Gsponer, président de la Chambre valaisanne de commerce et d'industrie: «Il n'y aura pas d'injustice entre Valaisans et non-Valaisans. Les Valaisans ont cofinancé et continueront par leurs impôts de cofinancer les diverses infrastructures touristiques. Et puis, dans toutes les stations, on envisage d'augmenter les taxes d'habitation, pour inciter les propriétaires de chalet à mieux les rentabiliser, soit en étant présents plus souvent en Valais, soit en louant leurs chalets. Augmenter les frais fixes des chalets, c'est une façon économiquement intelligente de résoudre le problème des lits froids.»

Autre son de cloche à Valais Tourisme, dont le directeur adjoint, Yvan Aymon, avoue «comprendre le message du Conseil d'Etat: ce n'est pas donner une image très accueillante de notre canton que de traiter différemment un habitant d'Aigle qui aurait un chalet dans le Valais central, et un Montheysan qui serait dans le même cas.»

Reste que toutes les communes ne seront pas sur un pied d'égalité: les grandes communes touristiques comme Zermatt, Bagnes (Verbier) ou Saas Fee vont perdre, en cas d'introduction de l'IRS, entre 25% et 45% de leurs recettes provenant des propriétaires non domiciliés. Alors que les petites communes, «qui ont des chalets à faible valeur locative et qui actuellement touchent peu, encaisseront davantage avec l'IRS», reconnaît Paul-André Roux. Une preuve de plus, selon les opposants au paquet, que le cadeau confédéral profite d'abord aux riches, en l'occurrence aux propriétaires de grosses résidences à Verbier plutôt qu'à ceux d'une modeste masure à Arbaz.