Sécurité nucléaire

La résistance des centrales nucléaires aux séismes devra être à nouveau testée

L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire émet de nouvelles exigences à propos des tremblements de terre

Les exploitants des cinq centrales nucléaires suisses devront apporter de nouvelles preuves de la résistance de leurs installations aux risques sismiques. Basée à Brugg (AG), l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a rejeté partiellement une étude présentée par Swissnuclear, l’association faîtière des sites nucléaires. Le surveillant fédéral considère que cette étude repose sur des données obsolètes et impose aux propriétaires des réacteurs une nouvelle procédure en trois étapes.

Au début des années 2000, ces derniers ont mis en route le programme Pegasos, acronyme allemand signifiant «analyse probabiliste de l’aléa sismique aux sites des centrales nucléaires suisses». En 2008, ils ont lancé une étude d’actualisation de ce programme, nommée «Pegasos Refinement Project» (PRP). Ils ont déposé leurs conclusions en décembre 2013, près de trois ans après la catastrophe de Fukushima.

Le rapport se divise en plusieurs chapitres. Tous ont été acceptés par l’IFSN, sauf celui, crucial, consacré à la résistance aux tremblements de terre. Les inspecteurs fédéraux ont reproché à ce volet de l’étude d’être trop «conservateur», explique Ralph Schulz, responsable des analyses de sécurité à l’IFSN. «Les résultats étaient en partie non plausibles et nous avons constaté des déficits procéduraux et techniques», poursuit-il. Swissnuclear avait omis le fait que le catalogue des tremblements de terre avait été mis à jour par le Service sismologique suisse (SIS) ces dernières années.

Processus en trois étapes

L’IFSN a décidé ces données actualisées en compte et a fait refaire le travail du PRP par des experts indépendants. Conséquence: les hypothèses d’aléas sismiques sont plus élevées. L’IFSN attend désormais des propriétaires – BKW pour Mühleberg, Axpo pour Beznau I et II, majoritairement Alpiq et Axpo pour Gösgen et Leibstadt – qu’ils démontrent que leurs installations sont conformes à ces nouvelles évaluations.

Le processus se déroulera en trois étapes. D’ici à 2018, ils doivent montrer que les sites nucléaires peuvent résister à un séisme d’une amplitude telle que sa probabilité est d’un tous les 10 000 ans tout en respectant une limite de dose de rayonnement de 100 millisieverts (mSv, la dose létale pour l’homme est estimée à 8000 mSv). Sur cette base, les études de sécurité devront être actualisées l’année suivante. Puis, en 2020 au plus tard, les exploitants devront prendre en compte les séismes d’une force telle qu’ils risquent de survenir tous les 1000 ans avec une limite de dose de 1 mSv.

L’IFSN donne ainsi quatre ans aux exploitants pour actualiser leurs données. C’est deux de plus qu’un précédent scénario, qui prévoyait d’exiger d’eux qu’ils adaptent leurs données sismiques dans un délai de deux ans. «Les exploitants ont besoin de ces quatre ans pour procéder à ces analyses approfondies», justifie Hans Wanner.

«Comme les centrales suisses ont encore des marges de sécurité, nous n’attendons pas de surprises. Si nous devions en avoir, nous prendrions des mesures», poursuit-il. Ces mesures pourraient être le renforcement des ancrages ou des armoires électriques, par exemple. Elles concernent aussi Mühleberg, qui mettra la clé sous la porte en 2019.

«Trop lent», juge Greenpeace

Swissnuclear ne comprend pas «les modifications apportées a posteriori par l’IFSN». La réaction est différente du côté de Greenpeace, qui juge le calendrier trop lent: «C’est déjà bien que l’IFSN ait eu le courage de remettre en question les résultats de Swissnuclear. Mais elle joue la montre. Elle veut éviter de contraindre les exploitants à procéder à des investissements lourds qui risqueraient de provoquer l’arrêt d’une centrale», critique Florian Kasser.

Les regards se tournent vers Beznau I, le plus vieux réacteur au monde en activité. Il est à l’arrêt depuis plus d’un an à la suite de la découverte d'«anomalies», 925 micro-trous de 5 millimètres relevés dans la partie supérieure de la cuve. Cet arrêt a déjà coûté 200 millions à Axpo. S’il redémarre, le réacteur pourrait reprendre ses activités en fin d’année.

Par ailleurs, l’IFSN a appris de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française que des irrégularités avaient été découvertes dans des certificats de sécurité à l’usine Areva du Creusot, d’où proviennent certaines pièces utilisées à Beznau. «Il n’est pas certain que cette centrale soit touchée par ces irrégularités», nuance David Suchet, porte-parole de l’IFSN. Comme l’ont révélé la Tribune de Genève et 24 heures, l’ASN doit communiquer ces prochains jours à l’IFSN si l’usine argovienne est concernée par ces falsifications.

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