A peine plus d'un kilomètre sépare le centre de Marly des premiers quartiers d'habitation de la ville de Fribourg. Toutes les vingt minutes des bus relient la capitale du canton à cette localité de 6800 habitants à vocation industrielle, ancien site de production de Ciba-Geigy, située au sud de la ville.

Tout est mis en place pour faciliter son intégration dans l'agglomération et faire oublier qu'une rivière, la Sarine, franchie par un large pont dès 1922, sépare Fribourgeois et Marlinois. Et pourtant Marly, première commune à annoncer clairement la couleur, fait de la résistance active au processus de rapprochement politique du Grand Fribourg décidé par une initiative populaire déposée en avril.

L'opposition, emmenée par le Parti démocrate-chrétien local dirigé par Jacques Kuenlin, est parvenue, mi-juin, à faire voter une résolution exigeant de l'exécutif communal qu'il se prononce contre l'intégration de Marly dans l'agglomération. La majorité exprimée par le législatif (18 voix contre 8) est nette, malgré la prudente réserve des élus radicaux.

«La loi sur les agglomérations est antidémocratique. Il faut auparavant demander aux habitants de Marly s'ils sont d'accord d'en faire partie, explique Jacques Kuenlin. Personnellement je pense que l'agglomération est totalement superflue. Le Conseil d'agglomération votera des dépenses que les communes devront automatiquement assumer. Il suffit que quelques communes se mettent d'accord, par exemple Fribourg et Villars-sur-Glâne, pour imposer leur volonté aux autres et les obliger à ouvrir leur porte-monnaie.»

L'aspect financier – contrairement à Fribourg, Marly bénéficie de comptes presque équilibrés et d'un taux d'imposition de 15% inférieur – explique en partie cette résistance. Mais pas totalement. Marly, qui refuse par ailleurs de s'associer au projet de double théâtre à Fribourg, cultive une vie villageoise active. «Nous possédons une forte identité marquée par 56 sociétés villageoises», relève le syndic Francis Maillard.

Intégrée contre son gré?

La localité, dont l'industrialisation remonte à l'utilisation, dès le XVIe siècle, de l'énergie de sa rivière, la Gérine, se considère d'ailleurs comme le centre des localités agricoles voisines du plateau du Mouret. Les collaborations, sauf dans le domaine des transports, sont plus nombreuses au sud rural qu'au nord urbain.

Le processus de formation de l'agglomération résistera-t-il à l'esprit frondeur des autorités marlinoises? Théoriquement Marly peut-être intégrée contre son gré. Il suffit, selon la loi de 1995, que le Conseil d'Etat le décide. Un blocage populaire, lors de l'approbation obligatoire des statuts, ne pourrait intervenir que si la majorité des communes ou des votants du Grand Fribourg l'exige. Pourtant, fonder une agglomération sans Marly, troisième commune en importance de la région, n'aurait guère de sens.

«La prise de position de Marly ne me perturbe pas trop, souligne le conseiller d'Etat Pascal Corminboeuf. Elle ne change pas ma position. Nous ne pouvons pas réaliser une agglomération au rabais. Le calendrier voulu par les initiants, soit quatre ans pour approuver les statuts, me rassure. Il laisse le temps à une large discussion après la définition, par le gouvernement, du périmètre de l'agglomération.»

Sans compter que certains élus marlinois lancent déjà la contre-attaque. «Le Conseil général (législatif) est craintif, souligne la députée socialiste Juliette Biland. Ce manque d'ouverture est en complète contradiction avec ce que pensent les habitants de Marly. Le pont sur la Sarine a été construit pour nous rapprocher.»