École

Les responsables scolaires suisses contestent le dernier test PISA

En sciences comme en maths, la Suisse fait partie du groupe de tête de la 6e enquête PISA, dont les résultats pour 2015 sont publiés ce mardi. Elle occupe la 18e place sur 72 concurrents. Cette fois, les responsables suisses expriment des doutes sur la méthode utilisée

Les élèves singapouriens raflent tous les prix: en sciences, en mathématiques ainsi qu’en compréhension des textes écrits, ils sont les plus performants, ceux qui ont le mieux réussi les tests PISA en 2015. Les résultats de cette vaste évaluation internationale des élèves, organisée tous les trois ans par l’OCDE, sont publiés ce mardi matin.

Si Singapour devance l’ensemble des 72 pays et économies participants, le Japon, l’Estonie, la Finlande et le Canada sont les quatre Etats les plus performants de la zone OCDE dans les matières scientifiques, celles sur lesquelles les projecteurs sont braqués pour ce 6e volet du programme international pour le suivi des acquis des élèves.


■ Les responsables helvétiques critiquent la méthodologie 2015

Ce mardi matin, la Conférence des directeurs de l'instruction publique (CDIP) a fait part de ses doutes quant à la méthode utilisée pour le test cuvée 2015. Pour la première fois, l'épreuve a été faite sur ordinateur, et la CDIP indique qu'il y a eu, en plus, «divers autres changements».

La CDIP relève que le passage au test par ordinateur représente «un changement radical», qui pose de nombreuses questions sur le plan scientifique. En outre, elle note que l'OCDE a changé la composition de l'échantillon «d'une manière qui ne s'explique pas par des changements démographiques». Dès lors, les ministres cantonaux estiment qu'il «n'est pas possible d’interpréter de manière détaillée les données concernant la Suisse».

Le Syndicat des enseignants romands émet le même genre de critiques, sur un ton plus virulent. Dans un communiqué, il écrit que «les résultats suisses de PISA 2015 ne peuvent être comparés ni avec les résultats suisses du cycle PISA 2000-2012, ni avec les résultats PISA actuels en 2015 des autres pays de l'OCDE, ce qui est très ennuyant et peu professionnel».


■ Les résultats: la Suisse derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas

La Suisse fait partie du groupe de tête en sciences: à la 18e place du classement, elle appartient aux 27 pays et économies dont le score moyen (506) est supérieur à la moyenne (493) et dont le pourcentage d’élèves très performants est également supérieur à la moyenne. En Europe, elle talonne le Royaume-Uni, l’Allemagne et les Pays-Bas. La France, la Suède et l’Espagne figurent, elles, dans la moyenne.

Pour la Confédération encore, il en va des mathématiques comme de la science: les résultats des élèves suisses sont supérieurs à la moyenne. En revanche, le verdict est moins bon en compréhension de l’écrit (lecture), puisque la Suisse ne s’écarte pas de la moyenne. En moyenne encore, dans les pays de l’OCDE, 20% environ des élèves n’atteignent pas le seuil de compétence en compréhension de l’écrit, un pourcentage qui n’a pas évolué depuis 2009.

Voir les résultats par cantons en 2014: Fribourg et Valais champions du PISA romand

■ Les performances en sciences ne progressent guère

Par rapport à la dernière enquête axée sur les matières scientifiques, celle menée en 2006, «dans la majorité des pays dont les données sont comparables, la performance en sciences aux épreuves PISA est restée essentiellement identique», constate le rapport. Pourtant, depuis 2006, la science et les technologies ont connu des avancées considérables: le smartphone est presque devenu un prolongement naturel de la main des ados, les médias sociaux se sont massivement développés, la robotique a fait d’importants progrès, comme le séquençage du génome ou la médecine personnalisée. Or pendant que la science évolue, la performance dans cette matière ne s’est améliorée qu’en Colombie, en Israël, à Macao (Chine), au Portugal, au Qatar et en Roumanie.

■ Des différences filles-garçons

PISA évalue aussi les compétences en sciences selon les genres et constate que «l’écart de performance entre les sexes tend à être faible», cette matière représente même celle où les écarts de performance entre les filles et les garçons sont les plus faibles. Néanmoins, «dans 33 pays et économies, le pourcentage d’élèves très performants en sciences est plus élevé chez les garçons que chez les filles. La Finlande est le seul pays où les filles sont plus susceptibles d’être très performantes que les garçons.»

La différence entre les genres se marque davantage sur le choix des professions. Certes dans les pays de l’OCDE, 25% des garçons et 24% des filles indiquent qu’ils envisagent d’exercer un métier scientifique, mais les filles aspirent plus à exercer une profession en rapport avec la santé ou la biologie, tandis que, dans la quasi-totalité des pays, les garçons s’imaginent plutôt informaticiens, scientifiques ou ingénieurs.

■ L’influence des parents

Contrairement au sexe, le milieu socio-économique et l’origine des élèves jouent un rôle important dans la réussite et les difficultés en sciences. «En moyenne, dans les pays de l’OCDE, les élèves défavorisés sont près de trois fois plus susceptibles que leurs pairs favorisés de ne pas atteindre le seuil de compétence en sciences. Toutefois, environ 29% des élèves défavorisés sont considérés comme résilients: ils déjouent les pronostics et obtiennent des scores élevés en sciences», montre l’enquête. Par ailleurs, «les élèves issus de l’immigration sont plus de deux fois plus susceptibles que leurs pairs autochtones d’obtenir des résultats inférieurs au seuil de compétence en sciences».

L’enquête PISA ne définit pas les compétences en sciences comme la seule connaissance des lois physiques et du tableau des éléments chimiques. Des savoirs scientifiques larges sont considérés comme «indispensables pour participer pleinement à la vie d’un monde de plus en plus façonné par la science et la technologie». Elles englobent des connaissances sur l’environnement, la biologie (migration des oiseaux, par exemple), la pêche durable, la formation des cratères ou la santé dans des conditions météorologiques extrêmes.

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Fiche technique:

■ La première enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) a été menée en 2000. Elle se concentre sur les compétences des élèves âgés de 15 ans arrivant au terme de leur scolarité obligatoire.

■ L’enquête mesure les compétences dans les trois matières scolaires clés que sont les sciences, les mathématiques et la compréhension de l’écrit (dont la lecture). S’y ajoute la résolution collaborative de problèmes.

■ Menée sous l’égide de l’OCDE, PISA est menée tous les trois ans.

■ La sixième étude, dont les résultats sont dévoilés ce 6 décembre, a été menée en 2015. Elle met l’accent sur les compétences scientifiques des élèves nés en 1999, soit les jeunes de 15 ans en fin de scolarité obligatoire, mais la compréhension de l’écrit et les maths ont également été testés.

■ Pour cette sixième édition, 540 000 élèves âgés de 15 ans ont passé des tests dans 72 pays.

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