«Si la Ville de Genève a dénoncé ses engagements […], c'est certainement en raison de dissensions internes et politiques que la courtoisie nous empêche de qualifier.» De toute évidence, l'annonce faite mercredi par l'exécutif de la Ville de Genève selon laquelle il renonçait à sa collaboration avec la Société d'exploitation du Mandarin Oriental-Hôtel du Rhône (Semohr), choisie pour reprendre le fermage du Restaurant du Parc des Eaux-Vives, a produit l'effet d'un électrochoc. D'autant que les conseillers administratifs Pierre Muller, Christian Ferrazino et André Hediger ont jugé préférable d'avertir la presse avant la Semohr. Directeur du célèbre cinq-étoiles genevois, Marco Torriani n'en revient pas et réfute catégoriquement les motifs invoqués par le Conseil administratif pour rompre tous les ponts (Le Temps du 21 novembre).

«Déloyal»

Alors que les représentants de la Semohr devaient rencontrer les autorités de Genève aujourd'hui même, ils ont finalement dû se résoudre à tenir une conférence de presse jeudi pour donner leur version des faits. Le premier grief concerne le cahier des charges imposé au nouveau gérant de l'édifice. Marco Torriani dément formellement de ne pas s'y être conformé. Certes, quelques modifications de fonctionnement et non pas de structure ont été jugées nécessaires. Notamment la construction d'un escalier interne pour le personnel, car, dans une bâtisse abritant un restaurant gastronomique, il est inconcevable que le personnel utilise le même escalier que la clientèle. «Pour pouvoir discuter ouvertement de ces modifications, nous attendions un feed-back de l'architecte de la Ville, mais on nous a interdit tout contact direct avec lui», déplore Marco Torriani. Collaborateur de la société Cuisine et Concept, Gilles Tallagrand confirme, documents à l'appui, que la cuisine, dont l'aménagement est à la charge du fermier, ne se résume pas à de simples chauffe-plats, comme le prétendaient les magistrats de la Ville. En effet, une étude très détaillée permet de découvrir l'entier du concept qui prévoit trois cuisines répondant à des besoins différents.

Quant à l'atteinte au patrimoine, le projet de la Semohr ne vise pas à transformer le Restaurant du Parc en Château de Moulinsart, comme le craignait Pierre Muller. Marco Torriani trouve l'attaque particulièrement déloyale: «Nous ne touchons aucunement à la configuration extérieure du bâtiment.» Les représentants de la Semohr estiment aussi totalement infondés les griefs liés à de supposés problèmes d'hygiène dans le concept de rénovation. A consulter les plans, ces critiques apparaissent pour le moins saugrenues. Sur l'un d'eux, on y voit même le tracé que les employés effectuant des tâches différentes doivent emprunter pour qu'ils ne se croisent pas. Enfin, pour le Conseil administratif, le projet de la Semohr n'est pas défendable, car il induirait des coûts inacceptables pour la Ville. Cet argument fait bondir Marco Torriani: «Il a toujours été convenu que nous assumerions les surcoûts, à l'exception de ceux touchant à la structure de l'immeuble.»