Après avoir eu les deux yeux qui pleuraient pendant près de quatre mois, Casimir Platzer, le président de GastroSuisse, a enfin un œil qui rit, mais l’autre larmoie toujours. «C’est formidable!» a-t-il réagi mercredi à l’annonce du Conseil fédéral, empruntant à son voisin de Kandersteg, l’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi, l’une de ses phrases les plus célèbres. «La branche peut enfin espérer voir les restaurants rouvrir leurs portes à la fin du mois de mai», enchaîne-t-il.

Mais il a encore la larme à l’autre œil: «Le rythme d’ouverture et le calendrier restent une déception. Nous ne comprenons pas que le Conseil fédéral ait besoin de deux semaines de consultation. Nous sommes convaincus que l’ouverture serait possible le week-end de Pentecôte. Avec une bonne communication, les restaurateurs et les fournisseurs peuvent être prêts pour cette date», assure-t-il.

Consultation prolongée

Alors que, habituellement, ses propositions sont mises en consultation pendant une semaine, le Conseil fédéral a effectivement accordé aux cantons et aux partenaires sociaux un délai de quinze jours avant de décider définitivement si les restaurants peuvent rouvrir leurs portes (et pas uniquement les terrasses, qui ne leur ont apporté qu’un «faible chiffre d’affaires», selon Casimir Platzer) le lundi 31 mai. Il compte permettre aux commissions parlementaires de donner leur avis. C’est pour cela qu’il prendra une décision définitive lors de sa séance du 26 mai et non à celle du 19 mai.

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Casimir Platzer est d’autant plus déçu que son organisation, GastroSuisse, brandit un avis de droit très critique envers le gouvernement et le Département fédéral de l’intérieur (DFI). Cette expertise leur reproche de ne motiver leurs décisions de sortie de crise que par des critères épidémiologiques qu’elle juge discutables, sans tenir compte des aspects économiques et sociaux.

Des plans de protection à respecter

Malgré cela, GastroSuisse promet de jouer le jeu et invitera ses membres ainsi que la clientèle à respecter les règles fixées par le Conseil fédéral. Celles-ci devront être transcrites dans les plans de protection: distances et séparations intérieures, quatre personnes au maximum par table, enregistrement des données des clients, obligation d’être assis et de porter le masque quand on ne consomme pas. Toutefois, le port d’une protection faciale ne sera plus obligatoire sur les terrasses.

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«Nous ferons tout pour que les plans de protection soient respectés. C’est la clé pour de nouvelles ouvertures», ajoute Casimir Platzer. Il fait allusion aux clubs et discothèques qui, eux, resteront fermés pour l’instant.

Assouplissements pour le sport amateur

D’autres mesures sont envisagées pour la fin du mois de mai. Les manifestations culturelles, sportives, politiques et religieuses pourront accueillir jusqu’à 100 personnes à l’intérieur (au lieu de 50) et 300 à l’extérieur (au lieu de 100), à condition que les salles ne soient pas occupées à plus de 50% de leur capacité. Pour les rencontres associatives et les visites guidées, le plafond est relevé de 15 à 30 personnes. En revanche, rien ne devrait changer le 31 mai pour les réunions privées, qui restent limitées à 15 personnes en extérieur et 10 à l’intérieur. «Comme ces réunions se font souvent sans règles de distance ni masque, il faut rester prudent», justifie le ministre de l’Intérieur, Alain Berset.

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Trente personnes (contre 15 actuellement) pourront pratiquer ensemble un sport amateur. Mais pour s’adonner sans masque à une activité sportive impliquant un contact direct, comme le judo ou la lutte, les groupes seront limités à quatre paires de muscles à la fois. Les bains thermaux et les centres de bien-être pourront accueillir une personne, sans masque, par surface de 15 mètres carrés.

Dans le domaine culturel non professionnel, la limite est relevée à 50 personnes pour les spectacles et les répétitions. Les espaces à respecter par les fanfares passeront de 25 mètres carrés à 10 mètres carrés par personne. Les concerts de chorales redeviennent possibles, mais uniquement à l’extérieur. L’enseignement présentiel dans les hautes écoles ne sera plus limité à 50 personnes, à condition qu’un plan de dépistage soit élaboré et que les salles ne soient pas occupées à plus de 50%.

Dépistages au travail

Et le télétravail? Le Conseil fédéral envisage de transformer l’obligation en vigueur, respectée de manière très variable, en recommandation pour les entreprises qui proposeront un dépistage hebdomadaire de leur personnel. La Confédération prendra en charge les coûts de ces tests.

Dès que toutes les personnes souhaitant être vaccinées le seront, la règle du télétravail sera assouplie sans conditions. Les autres mesures pourraient l’être aussi dès la fin juillet, pour autant que la situation épidémiologique le permette et que toute la population adulte qui le souhaite soit entièrement vaccinée. On passera alors de la phase dite de «stabilisation», qui débutera à fin mai, à celle de «normalisation».

En parallèle, le Conseil fédéral a accédé à une demande largement exprimée: la durée du chômage partiel est portée à 24 mois et le droit au versement des allocations pour perte de gain (APG), qui était limité à fin juin, est prolongé jusqu’à la fin de l’année 2021.