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Restaurer la confiance envers l’expérimentation animale

ÉDITORIAL. Et si la crise de confiance entre le grand public et la recherche animale tenait au secret et au tabou qui entourent les expérimentations? Un peu de communication ferait le plus grand bien

Les scientifiques de Suisse ont beau obéir à l’une des réglementations les plus strictes du monde en matière d’expérimentation animale, les voilà qui veulent se débarrasser de deux encombrants sparadraps qui leur collent aux doigts: deux initiatives, l’une genevoise, l’autre au niveau fédéral, qui visent respectivement à faciliter les oppositions aux expérimentations menées sur les animaux et à les remplacer par des alternatives.

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Peu soutenus politiquement, les deux projets ont certes peu de chances d’aboutir. Ils démontrent cependant que la lourde réglementation adoptée notamment à Genève, bien qu’ayant permis la mise en place d’indispensables garde-fous en matière d’autorisations, n’a pas instauré de climat de confiance auprès de la population.

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Inutile de chercher bien loin les causes de la méfiance qui couve: le public n’a accès à pratiquement aucune information claire et transparente provenant des institutions au sujet de leur utilisation des animaux. Allons plus loin: le simple fait que les préoccupations citoyennes envers le bien-être animal mettent dans le même panier abattoirs, trafic de fourrures et sciences biomédicales – qui font pourtant l’objet de stricts contrôles – montre bien le manque de connaissances, et donc d’information à ce sujet.

Animalerie coffre-fort

Activisme oblige, les animaleries restent des endroits aussi secrets et protégés que des coffres-forts. Les universités, en Suisse et dans le monde, en ont fait un quasi-tabou. La grande majorité de leurs communications de recherches passent souvent sous silence le nombre d’animaux utilisés ou les conditions exactes d’élevage. Il n’est pas rare que des scientifiques interviewés sur leurs travaux se montrent avares de détails sur ce point, alors même que leurs protocoles sont irréprochables.

Restaurer la confiance du public envers l’expérimentation animale ne se fera qu’au prix d’une large ouverture des universités sur la question. Détailler le nombre d’animaux utilisés (pourquoi ne pas montrer en images leurs conditions d’élevage?) et rappeler en quoi les recherches sont cruciales pour la santé humaine permettra d’informer le public en toute transparence. Le Royaume-Uni l’a compris dès 2014 en adoptant de telles mesures. L’Université de Genève aussi, quoique un peu tard, en organisant en février pour les médias une visite de l’une de ses animaleries. En attendant d’hypothétiques alternatives numériques ou in vitro aux rongeurs-modèles, cette voie semble être la seule issue.

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