6:35. Les conciliabules se sont poursuivis tard dans la soirée pour tenter d’éclaircir la situation. Les commentateurs et les analystes se disputent pour savoir qui, du Neuchâtelois Didier Burkhalter (PLR) ou du Fribourgeois Urs Schwaller (PDC, va remporter la course. D’aucuns n’excluent pas une victoire surprise du Genevois Christian Lüscher (PLR).

La question centrale est de savoir si les radicaux vont perdre un de leur deux sièges au profit du PDC. Historiquement, il s’agirait d’une gifle magistrale pour le parti qui détenait tous les postes gouvernementaux lors de la fondation de l’Etat fédéral en 1848.

A la veille de l’élection, les trois candidats officiels se tenaient à couvert. Urs Schwaller, fort du soutien de la gauche et du PDC, a évalué ses chances à 50-50.

Didier Burkhalter, qui devrait avoir les faveurs d’une majorité des radicaux et d’une partie du camp rose-vert, a jugé la situation «très ouverte»: «Je peux être rapidement éliminé tout comme obtenir une majorité». La première hypothèse pourrait sourir à Christian Lüscher. «Rien n’est impossible», a affirmé l’avocat genevois, favori de l’UDC.

Si tout va bien, le 112e conseiller fédéral devrait être connu vers 10h00. Avant de procéder à l’élection, qui risque bien de se prolonger jusqu’au 4e tour de scrutin voire plus loin, l’Assemblée fédérale va rendre hommage à Pascal Couchepin.

6:15. Au baromètre des promesses de votes à l’issue des auditions par les groupes, le Fribourgeois Urs Schwaller peut en principe compter sur l’ensemble de son groupe (52 voix) plus 25 voix socialistes, une ou deux du PBD ainsi qu’une majorité des bulletins des Verts, soit une nonantaine de suffrages au total.

Le Genevois Christian Lüscher a quant à lui les faveurs de l’UDC (59 membres du groupe se sont prononcés pour lui). Il pourra également compter sur le soutien d’une partie de son parti, qui détient 47 sièges à l’Assemblée fédérale.

Quant au Neuchâtelois Didier Burkhalter, il devrait pouvoir compter, en sus des suffrages radicaux-libéraux, sur le soutien de 15 socialistes, d’une minorité des Verts, de quatre ou cinq bourgeois-démocrates et de deux UDC.

Voix encore éparses

Plusieurs inconnues demeurent encore: la répartition exacte des voix libérales-radicales entre MM.Burkhalter et Lüscher ainsi que le choix de ceux qui ne se sont pas prononcés pour l’instant. A l’UDC, seuls 61 des 66 élus ont participé au vote au sein du groupe.

Sur 50 socialistes, ils ne sont que 41 à s’être exprimés et l’un d’eux a voté blanc. Le président des Verts Ueli Leuenberger a quant à lui laissé entendre que quelques uns de ses collègues de parti glisseront le nom du radical tessinois Dick Marty dans l’urne.

D’après les déclarations officielles des chefs de groupe, une candidature «sauvage» semble exclue. Ainsi la cheffe du groupe socialiste Ursula Wyss a précisé qu’une grande majorité des socialistes veut soutenir un des poulains officiels.

Candidature UDC ?

Du côté de l’UDC, on est bien résolu à se battre pour éviter que le Parlement ne se livre à des «manoeuvres». Le cas échéant, le parti pourrait lancer le conseiller national fribourgeois Jean-François Rime dans la course et ce jusqu’au deuxième tour de scrutin. Avec leurs menaces, les démocrates du centre veulent éviter que leur candidat favori - Christian Lüscher - ne se retire de la course en faveur de Didier Burkhalter.

Durant la traditionnelle nuit des longs couteaux, les partis vont à nouveau avoir l’occasion d’affûter leur stratégie. La tactique à choisir pour éviter que leur poulain ne soit éliminé devrait être au centre des discussions.

Eviter l’élimination

Pour autant qu’aucun nouveau candidat ne sorte du chapeau des parlementaires d’ici mercredi matin 08h00, la partie se jouera à trois. Il paraît peu probable - à moins que des accords en ce sens ne soient noués durant la nuit - que l’un d’eux obtienne la majorité des suffrages de l’Assemblée fédérale lors des premiers tours.

Celui qui aura obtenu le moins de voix au 3e tour sera éliminé. Et suivant le duel final (Schwaller-Lüscher, Schwaller-Burkhalter, Burkhalter-Lüscher), l’élection pourrait prendre un tout autre tour. Les partis seraient donc bien avisés de maîtriser l’évolution des reports de voix au fil des tours s’ils veulent avoir le dernier mot.

Au maximum 245 parlementaires (le siège du conseiller aux Etats Ernst Leuenberger (PS/SO) décédé n’a pas encore été repourvu) pourront s’exprimer mercredi. Le groupe UDC totalise 66 membres, le groupe PDC/PVL/PEV 52, le groupe socialiste 50 (51 moins un), le groupe radical-libéral 47, le groupe des Verts 24 et le groupe bourgeois-démocrate six.

02:00. Fin des festivités? Les parlementaires et journalistes ont désertés les lieux depuis plus d’une heure. N’en reste que certains, agglutinés dans le petit salon de l’hôtel Bellevue. Tous ont en tête la journée de mercredi. Pour les uns, celle-ci réservera son lot de surprises. Les autres misent sans trembler sur une victoire d’Urs Schwaller. En somme, tout reste ouvert. Une seule certitude: la nuit sera courte. A l’heure de quitter le palace bernois, parlementaires et journalistes tergiversent pour trouver le lieu où aller danser. La nuit des longs couteaux ne fait donc que commencer.

01:35. La «nuit des gros goulots» toucherait-elle à sa fin? Plusieurs parlementaires s’en vont. A quelques heures de l’élection, l’un deux se risque à faire un pronostic: «Ce sera le candidat «.....ER!»

■ 00:15. La conseillère nationale socialiste Maria Roth Bernasconi et son homologue Carlo Sommaruga (PS/GE) discutent tranquillement en aparté. Quel pronostic à l’issue des auditions de l’après-midi? «Urs Schwaller était bien, s’exclame la conseillère nationale. Il a une stature, une colonne vertébrale.» Et Maria Roth Bernasconi l’avoue: «jusqu’aux auditions du jour, j’étais vraiment hésitante. Mais Urs S chwaller m’a vraiment convaincue». La raison? Didier Burkhalter cultive un radicalisme romand qui n’existe plus. Quant à Christian Lüscher, il est bien trop proche de l’UDC.

Genevois, tout comme le candidat Lüscher, les conseillers nationaux ne le rêvent pas au Conseil fédéral: «Je suis content avec Micheline Calmy-Rey», s’exclame Carlo Sommaruga. A Madame Bernasconi d’ajouter: «et si les deux se retrouvent au Conseil fédéral, on peut éventuellement espérer une meilleure lecture régionale et la défense des intérêts touchant directement la suisse romande.» sans trop de convictions

Et Didier Burkhalter dans tout ça?

«C’est sa personnalité qui me dérange, ajoute Maria Roth Bernasconi. Trop mou! S’il était malin, il aurait fait un peu de lobbying pour gagner en popularité. Mais bon, s’il est élu, le parti socialiste pourra vivre avec.» Quant à Christian Lüscher.....

23:15: Le candidat Christian Lüscher fait son entrée au Bellevue. A la sortie des auditions de l’après-midi, il avait pourtant juré qu’il passerait en toute intimité et en famille, sa dernière nuit dans son costume de candidat.

23:00: Le dispositif télévisuel est replié. L’assistance se détend et les langues se délient. Plusieurs journalistes soulignent «la force tranquille» de Didier Burkhalter et «sa bonne prestation» aux auditions de la journée. Des louanges adressées au candidat neuchâtelois tein tées de scepticisme. «Et s’il était élu? On (les journalistes)risque de ne pas trop s’amuser.» Affaire à suivre!

22:50. Toni Brunner, le président de l’UDC, s’isole un moment avec le chef du groupe Caspar Baader. Dix minutes plus tard, on aperçoit Oskar Freysinger (UDC/VS) en pleine discussion avec le président du PDC, Christophe Darbellay.

■ 22:45. Le Bellevue s’est transformé en studio de télévision, où les petites conspirations secrètes n’ont décidément plus place. Il n’empêche: c’est là, à quelques pas du Palais fédéral, dans un hall bondé de politiciens, de journalistes, secrétaires de partis et de badauds non identifiés, apparemment venus vivre une nuit des longs couteaux inoubliable, que se racontent les dernières nouveautés dans la course à la succession de Pascal Couchepin. Une chose semble sûre, avant que ne sonnent les douze coups de minuit, la partie semble s’annoncer difficile pour le candidat PDC Urs Schwaller, tandis que les paris donnant Didier Burkhalter gagnant vont bon train. Ainsi, les élus UDC proches de Christoph Blocher, entend-on, pencheraient de plus en plus en faveur du Neuchâtelois. Pour le reste, le tempo de la soirée semble battre son plein, la TSR filmant les élus au comptoir, tandis que le conseiller d’Etat genevois David Hiler, valise à la main, se fraie un chemin dans une foule de plus en plus dense. «Cela devient n’importe quoi, ces nuits des longs couteaux devant les projecteurs!», désespère ainsi un élu, une bière à la main.

Mardi 15 septembre 19h00

Dans sa majorité, le Groupe socialiste considère qu’Urs Schwaller est plus proche de ses préoccupations que Didier Burkhalter. Notamment en ce qui concerne la politique sociale. Ainsi, comme le PS, il est en faveur d’une flexibilisation de l’âge de la retraite et soutient le principe de la conciliation entre vie familiale et professionnelle. Autant d’éléments importants dans la mesure où le nouvel élu devrait reprendre le Département de l’Intérieur. Le Groupe socialiste a par ailleurs apprécié son positionnement sur les questions écologiques, particulièrement en ce qui concerne la réduction des émissions de CO2 et la promotion des énergies renouvelables. Urs Schwaller s’est également engagé pour des mesures de lutte contre le chômage, à commencer par celui des jeunes ainsi que pour l’introduction d’un salaire minimum. La majorité du Groupe socialiste part donc du principe que l’élection du candidat démocrate-chrétien contribuera à améliorer le traitement des enjeux sociaux et écologiques au Conseil fédéral.

Une minorité du Groupe socialiste s’est cependant exprimée en faveur du candidat radical Didier Burkhalter. D’abord pour des raisons institutionnelles, estimant que la stabilité politique était mieux garantie en octroyant deux sièges au PLR, mais aussi pour des questions de représentativité romande.

Schwaller et la romandicité

S’agissant, justement, de l’épineuse question de la « romandicité », le PS estime que si Urs Schwaller est à même de défendre les intérêts de la Suisse romande, notamment dans des domaines aussi importants que les infrastructures ou l’économie, il ne saurait être considéré comme un romand francophone. Avec son élection, la composition linguistique et sur le plan de la sensibilité du Conseil fédéral ne sera pas entièrement satisfaisante. Cas échéant, la situation devra donc être considérée comme transitoire, et une solution devra être recherchée pour y remédier lors des futures vacances.

Mardi 15 septembre, 17h15

La stratégie de vote de l’UDC s’éclaircit. A l’issue des auditions des deux candidats libéraux-radicaux, le groupe UDC, qui n’a pas entendu le PDC Urs Schwaller, a décidé, « en toute transparence », de soutenir Christian Lüscher. Le Genevois a obtenu une majorité de 59 voix, contre deux au neuchâtelois Didier Burkhalter. « Christian Lüscher est plus proche de nous que Didier Burkhalter, notamment sur les relations de la Suisse avec l’UE », a précisé le chef du groupe UDC Caspar Baader. Le Bâlois n’exclut toutefois pas que l’UDC modifie sa position au cours de l’élection, voire ne lance le Fribourgeois Jean-François Rime dans la course, si d’aventure Christian Lüscher devait se retirer.

Sur le principe, les 61démocrates du centre réunis hier après-midi ont décidé à l’unanimité de ne pas voter en feveur du candidat PDC. Même si, soulignent les observateurs, il n’est pas exclu que certains agrariens se décident, secrètement, à soutenir Urs Schwaller. A noter que le Parti bourgeois-démocrate (PBD), fondé par les dissidents de l’UDC, s’est également décidé à voter PLR, et qu’il penche en majorité pour Didier Burkhalter.

Mardi 15 septembre, 16h30

Le Palais fédéral se prépare avec frénésie à l’élection de mercredi matin. Alors que la SSR installe son matériel dans la Salle des Pas perdus, les auditions des candidats s’enchaînent. Christian Lüscher, Didier Burkhalter et Urs Schwaller déambulent dans les couloirs du parlement.

Christian Lüscher s’est montré le moins bavard à la sortie des auditions des groupes. «Je ne suis pas un politicien à géométrie variable», a déclaré le libéral après son audition avec l’UDC, expliquant ne pas être de ceux qui changent de positions comme de chemises pour plaire à l’un ou l’autre parti. En sortant de la salle du PS, le Genevois ne s’est guère montré plus disert, répondant «Nothing is impossible» au journaliste qui lui demandait d’évaluer ses chances de convaincre la gauche. Si Urs Schwaller semblait détendu au sortir de son audition avec le PS, c’est incontestablement Didier Burkhalter qui, à la surprise générale, s’est montré le plus décontracté et sûr de lui en ce mardi après-midi. « J’ai expliqué à l’UDC qu’il y avait beaucoup de préjugés sur mon compte. Cela s’est bien passé », a notamment précisé le Neuchâtelois, tout sourire, au sortir de son audition par les démocrates du centre.