«Sa proposition est aussi superflue que son parti». Certains collègues sont moqueurs. Les petits partis du centre ont de la peine, en ce début de législature. Difficile de s’imposer en commission, quand on est seul. Ils multiplient ainsi les interventions balayées. Conclusion de mon collègue caustique: «C’est devenu un parti olympique. Pour eux, l’essentiel, c’est de participer.» Rires.

La politique est parfois cruelle. Comme pour mon ancien collègue Neirynck. Il s’est battu pendant des années pour légaliser le don d’ovules. Avec succès. Son initiative parlementaire a été soutenue par les deux commissions de la science du parlement. Non réélu en octobre, il ne peut poursuivre son travail personnellement. Du coup, jeudi dernier en séance, le dossier a été enterré à une large majorité de la commission. Argument officiel du communiqué de presse: l’initiative a été classée «au vu de la complexité du thème». Neirynck devait être le seul à le comprendre. Sans rire. Dorénavant, je propose que nous ne traitions que les objets simples. On va moins se fatiguer. Et on va faire des économies.

«Quand faut tailler, faut tailler»

Car il faut économiser, et pas qu’un peu. Un milliard par an. Le Conseil fédéral appelle ça un programme de «stabilisation», pour faire joli. En réalité, on va tailler. Oui Madame, c’est la crise, «et quand faut tailler, faut tailler», dirait ma coiffeuse (qui sait rester simple). Au Palais, comme chez ma coiffeuse, on commence par tailler les mèches qui dépassent. Les gros budgets, sans trop réfléchir. Qui dépense beaucoup d’argent? La formation, la recherche et l’innovation? Alors, taillons-y 500 millions. Un cinquième des économies prévues. Le Conseil fédéral a mis le projet en consultation. Les lobbies se mobilisent: «Coupez partout, mais pas chez moi.» Du coup, on ménage les plus bruyants. On s’attaque d’abord aux lobbies qui ne bloquent pas le centre de Berne avec des tracteurs. Ça tombe bien, les chercheurs ont peu de tracteurs.

Etrange paradoxe: l’Etat se retire d’un domaine dans lequel le privé investit massivement. Mercredi, entre deux séances, on apprenait qu’Alphabet, la maison mère de Google, avait claqué 3,6 milliards en 2015 dans des «paris» scientifiques. Comme tuer la mort. Pourquoi? Parce que ce ne sont pas des dépenses, mais des investissements qui rapporteront, à terme, beaucoup d’argent. Ou quand Alphabet nous rappelle le b.a.-ba de l’économie. Mais c’est certainement trop compliqué. Restons simples. Taillons beaucoup. Et rions un peu.