Genève avait fait bande à part en annonçant lundi la fermeture de ses établissements publics dès mercredi soir, le Jura a également dû renoncer à son statut d’exception et appliquer les mesures fédérales de fermeture dès ce mardi 22 décembre, Berne l’avait fait avant lui. Désormais, ce sont les quatre cantons romands restants qui closent la marche. Le Valais, Neuchâtel, Fribourg et Vaud.

Après concertation, leurs quatre Conseils d’Etat ont présenté mardi une nouvelle évaluation de la situation sanitaire à l’approche des fêtes de fin d’année. Si leurs conditions pour bénéficier d’une exception sont actuellement remplies, le nombre de cas reste élevé et les capacités hospitalières demeurent sous forte tension. La récente mutation du virus les inquiète aussi particulièrement. Pour préserver leurs systèmes de santé, ces quatre gouvernements ont donc décidé qu’à compter du 26 décembre dès 23h leurs cantons passeraient, à quelques exceptions, sous le régime fédéral de restrictions.

Liquider les stocks jusqu’à Noël

Les cafés-restaurants pourront servir leurs clients pour les fêtes de Noël, puis mettre provisoirement, jusqu’à ce que les taux de contamination diminuent jusqu’à 0,9, les chaises sur les tables. «Nous aurions la possibilité de faire usage de dérogation au régime fédéral de fermetures, mais nous ne souhaitons pas favoriser le tourisme d’un canton à un autre, déclare la présidente du Conseil d’Etat vaudois, Nuria Gorrite. Nous allons donc laisser les restaurateurs recevoir leurs clients les jours de Noël, ce qui leur permettra de liquider leurs stocks, et ensuite on procédera aux fermetures qui s’imposent le 26 décembre à 23h. Le but est d’atteindre le plus rapidement possible le taux de 0,9 nouvellement fixé par la Confédération pour la réouverture des établissements publics.»

Exception de taille, Vaud, contrairement aux autres cantons alpins, laisse ouverts les restaurants sur ses domaines skiables durant les heures de fonctionnement des remontées mécaniques (mais pas dans les stations), «pour permettre aux gens, aux enfants de se réchauffer entre deux descentes». «Avec l’aval du médecin cantonal, nous souhaitons offrir à notre population un espace de respiration lorsque cela est possible, reprend Nuria Gorrite. Nous ne sommes pas dans une logique de punition mais de préservation de nos capacités hospitalières.»

Cette particularité n’est pas pour déplaire à Sergei Aschwanden, député PLR et directeur de station à Villars-sur-Ollon. «Le canton a la possibilité d’utiliser cette exception, et je comprends qu’il le fasse. Nous avons été de bons élèves depuis le mois de novembre, contrairement à certains cantons alémaniques. D’un point de vue purement économique, c’est essentiel pour ces restaurateurs de montagne, qui font 30 à 40% de leur chiffre d’affaires annuel durant cette période. Même si cette année ce sera plus dure, vu que les places sont de toute façon limitées.» La possibilité de se faire servir un plat de pâtes sur les pistes attirera-t-elle les skieurs dans les stations vaudoises? Sergei Aschwanden n’en est pas certain. «Vu les contraintes sanitaires, les files à l’extérieur des établissements, je ne suis pas sûr que cela joue un rôle déterminant. Ce sera plutôt la neige et la météo qui décideront les skieurs à monter ou non. A Villars, l’entier du domaine skiable n’est pas encore ouvert.»

Deux poids, deux mesures

En Valais, pas d'exception pour les restaurants situés sur les domaines skiables. Ils fermeront leurs portes le 26 décembre au soir. Cette différence entre deux cantons voisins à de quoi étonner et surprendre plusieurs responsables de stations valaisannes, à l'heure où les volontés cantonales sont à l'harmonisation des mesures.

La fermeture des restaurants aura un impact direct sur les rentrées financières des sociétés. A Nax, par exemple, ils représentent près de 40% du chiffre d'affaire annuel du domaine skiable. Pourtant, Fred Pont, le président de Télé Mont-Noble SA, estime que la décision cantonale est «logique». «On se doit d'être solidaire avec la branche de la restauration. Il ne peut pas y avoir deux poids et deux mesures, que l'on soit en plaine ou sur un domaine skiable», appuie-t-il. Comme ses homologues, il s'organise pour proposer des formules «take away» aux skieurs et attend désormais des compensations liées à la fermeture des restaurants. «Il faut assurer le salaire de tous les employés. Le personnel de nos restaurants doit avoir le droit aux RHT», souligne-t-il.

L'impact sera également indirect, la fermeture des restaurants pouvant décourager certains adeptes de glisse à chausser les skis. «Cela s'ajoute à un contexte déjà particulier, sans hôtes étrangers. On peut désormais se poser la question de la rentabilité de la période qui arrive», indique Maxime Cottet. Le directeur général de CMA, les remontées mécaniques de Crans-Montana, ne cache pas que, en fonction de la rentabilité économique de la période des fêtes, «un allégement du service» pourrait être mis en place durant le creux de janvier. «Si on est encore ouvert», ajoute-t-il instantanément. Car les domaines skiables valaisans se retrouvent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, leur ouverture dépendant de la situation sanitaire et de la capacité hospitalière. Des problématiques supplémentaires qui rendent cette saison toujours plus particulière, et ce d'autant plus que la neige se fait attendre.

Côté alémanique, les Grisons comptent parmi les rares cantons à maintenir l'ouverture de ses domaines skiables, bien que les restaurants soient fermés depuis début décembre. Jouant la carte de l'optimisme, Laax comme St-Moritz se disent satisfaits du début de saison, malgré un comportement plus volatile des skieurs, qui renoncent cette année à acheter leurs forfaits journaliers à l'avance. Afin de pallier la fermeture des restaurants, les stations ont rapidement développé une offre de plats à l'emporter. En Engadine, le responsable communication de la région de St. Moritz, Michael Kirchner, se réjouit que ce dispositif temporaire séduise les amateurs de glisse, tout en soulignant un bémol: «Nous avions beaucoup travaillé ces dernières années à réduire nos déchets au maximum. Et voilà que nous devons désormais emballer tous nos menus, c'est dommage.»