L’eau ne coule plus dans les fontaines publiques de Gilly. Plusieurs communes de la région de Rolle (VD), sur les bords du Léman, ont aussi interdit aux habitants d’arroser leur gazon jauni par la canicule. Et la liste des restrictions risque bien de s’étendre d’ici à une semaine si la sécheresse persiste.

«Concernant l’eau potable, on n’est pas encore dans une situation de crise», commente Philippe Hohl, chef de la Division eau du Département de l’environnement du canton de Vaud, qui se dit un peu «surpris» par la décision des communes de La Côte. Il précise cependant que l’eau de l’arrosage des jardins étant prise directement sur le réseau d’eau potable, il est préférable d’économiser cette ressource pendant l’été. A Genève, l’eau potable est prélevée directement depuis le lac Léman, le Rhône et l’Arve qui ne sont pas touchés par la sécheresse, selon François Pasquini, directeur du Service de l’écologie de l’eau du canton.

En revanche, les débits des plus petits cours d’eau, comme la Broye par exemple, ont commencé à diminuer. Or, plusieurs types d’installations pompent l’eau de ces rivières: des appareils fixes qui alimentent des turbines pour l’énergie hydroélectrique ou des pompes mobiles pour capter l’eau d’irrigation des cultures. «Lorsque le débit passe sous un certain seuil, le pompage doit être stoppé, explique Philippe Hohl. Cette limite est bientôt atteinte dans la plupart des cours d’eau. Sauf dans l’Est vaudois, car cette région, alimentée par la fonte des glaces en montagne, est moins sèche.» Il ajoute: «Des interdictions de pomper pour l’irrigation des cultures dans certains secteurs seront annoncées dans la feuille d’avis officielle dans quelques jours. Cette décision a été prise en coordination avec les autres cantons.»

Pour réapprovisionner les cours d’eau, il faudrait deux à trois jours de pluie consécutifs. «Un orage ne suffit généralement pas», précise Philippe Hohl. Mais selon les prévisions de MétéoSuisse, seul un épisode orageux est prévu mardi avec des températures chaudes encore pour les six prochains jours.

Détresse des poissons

Les cultures ne sont pas les seules à être les victimes de la sécheresse. Les poissons aussi souffrent. «La forte chaleur associée au faible débit des cours d’eau augmente la température de l’eau, ce qui fragilise la faune piscicole, en particulier les salmonidés, explique François Pasquini. La température de l’eau des rivières oscille en général entre 10 et 20 degrés Celsius. En période de canicule, elle peut dépasser les 25 degrés. Si ces conditions se maintiennent, le Conseil d’Etat genevois devra peut-être décider d’interdire la pêche et les baignades qui stressent les poissons.» Au moins 85 000 poissons morts avaient été récupérés lors de l’été caniculaire de 2003, selon l’Office fédéral de l’environnement.

Dans le canton de Fribourg, le Service des forêts et de la faune a appelé à la plus grande prudence vis-à-vis des feux allumés dans les sous-bois à cause des risques de départ d’incendie. «On ne parle pas encore d’interdire les feux extérieurs, commente Alain Lambert, chef du secteur forêt du canton. Mais les arbres et la végétation au sol montrent des signaux clairs de sécheresse.»

«Si la pluie n’arrive pas et si la chaleur continue sur une longue période, on pourrait vivre un été similaire à celui de 2003, concède Philippe Hohl. Mais on est encore qu’au début de l’épisode de sécheresse.»