REMA, le projet de réorganisation des 16 centres de tri postal de Suisse, est de retour. Après avoir été contrainte de retirer un premier plan de restructuration le 9 décembre dernier, La Poste revient à la charge avec de nouvelles propositions. Et le géant jaune n'a pas chômé. Mercredi, il a en effet présenté trois variantes, cinquante jours à peine après avoir plié sous la pression du Syndicat de la communication, des cantons et de Moritz Leuenberger. Un petit miracle lorsque l'on sait qu'il lui a fallu pas moins de dix mois pour concocter la mouture initiale!

L'objectif avoué de La Poste est de moderniser et réduire les coûts d'exploitation de son réseau. Motif: la libéralisation en cours du marché postal dans l'Union européenne ainsi que la diminution du trafic courrier classique au profit des produits électroniques nécessitent une rationalisation rapide, selon La Poste.

Après l'échec du plan REMA 2002 (Reengineering Mailprocessing), l'entreprise a donc présenté ses nouvelles mesures d'économie. Cette restructuration devrait toucher entre 2930 et 3325 emplois selon les versions, contre 3500 pour le premier plan. Par contre, les options proposées permettent à davantage de cantons – entre six et neuf au lieu des trois choisis l'année dernière – de sauver des places de travail.

C'est d'ailleurs des conclusions de REMA 2002 que sont issues les trois variantes présentées sommairement mercredi. La Poste avait dû retirer le premier plan pour deux raisons principales. Primo, il était inacceptable et pour le Syndicat de la communication et pour Moritz Leuenberger que la réforme conduise à des licenciements. Secundo, en supprimant ses dix-huit centres de tri pour en construire trois nouveaux dans l'axe du Plateau, La Poste s'était attirée les foudres des cantons, qui se voyaient spoliés de centaines d'emplois. Seules gagnantes à l'époque: les régions de Fribourg, Aarau et Zurich, où l'implantation des nouveaux sites high-tech était prévue. Avec un investissement de 1,029 milliard de francs, l'entreprise prévoyait d'économiser 198 millions de francs par année dès l'horizon 2009. Coût humain de l'opération: 3500 travailleurs sur 8500 perdaient leur emploi dans les centres de tri.

Aujourd'hui, trois nouvelles options sont donc mises sur la table des négociations. Le Syndicat de la communication a déjà fait entendre sa colère pour «la manière peut cavalière dont la direction de La Poste a procédé pour divulguer ces informations» (Le Temps du 23 janvier 2003). «Notre double mandat est d'assurer une restructuration sans licenciement et une prise en compte des critères de politique régionale», a encore précisé Christian Levrat, président du syndicat. Et en ce qui concerne ce dernier élément, autrement dit les intérêts des cantons, La Poste a fait un effort visible, en augmentant sensiblement le nombre de sites prévus. Les trois variantes ont été présentées à une délégation de la Conférence des directeurs cantonaux de l'économie (CDEP), présidée par le conseiller d'Etat zurichois Ruedi Jeker. Un document détaillé, qui contient l'ensemble des mesures de restructuration, sera remis aux autorités concernées et aux syndicats la semaine prochaine. La décision finale du conseil d'administration est attendue en mai prochain, après discussion sur le contenu du plan social.

Trois centres et trois centres secondaires

Cette solution repose sur la construction de trois centres dans l'axe du Plateau, reprenant en cela l'idée initiale de REMA. Les sites choisis sont donc les mêmes: Fribourg Ouest, Langenthal/Aarau et Zurich. Ces centres doivent assurer tant le tri initial que le tri de distribution. Afin d'assurer l'acheminement du courrier dans leur zone de desserte, trois centres secondaires seraient implantés dans les régions de Genève, de Bâle et du Tessin. Cette solution permet de conserver entre 520 et 640 emplois dans ces trois derniers cantons et entraîne des économies annuelles de 172 à 175 millions de francs.

Trois centres et six centres secondaires

Cette deuxième variante est un développement de la première. Au dispositif initial, il faut simplement ajouter trois centres de tri secondaires dans les régions de Berne, Lucerne et Saint-Gall. Cette option est la meilleure en terme de sauvegarde d'emplois, notamment dans les six régions «secondaires» avec entre 1193 et 1466 postes préservés. Le potentiel d'économie annuelle pour La Poste se situerait entre 147 et 152 millions de francs.

Cinq centres et quatre centres secondaires

Cette proposition prévoit la construction de cinq centres de tri à Lausanne Nord, à Berne, à Langenthal/Arau, à Zurich Ouest, à Wil/Saint-Gall et de quatre centres secondaires dans les régions de Genève, de Bâle, de Lucerne et du Tessin. Cette restructuration permettrait des économies de 138 à 144 millions de francs.