L’«affaire» a-t-elle empêché la BNS de remonter le taux plancher à 1,30 franc, comme le soupçonne le président du PS, Christian Levrat (LT du 07.01.2012)? Cette question sera posée à Philipp Hildebrand ce lundi, lorsque le patron de la banque centrale sera entendu par la Commission de l’économie et des redevances (CER) du Conseil national. Depuis deux mois, l’industrie d’exportation, notamment celle des machines, attend un relèvement du taux de change minimal. Vendredi, l’euro s’échangeait à moins de 1,22 franc.

Or, le 15 décembre, Philipp Hildebrand confirmait le cours plancher de 1,20 franc. Le même jour, Christoph Blocher informait Micheline Calmy-Rey des soupçons qui pesaient sur lui. Y a-t-il un lien entre cette dénonciation et le maintien, au-delà de Nouvel An, du taux plancher à 1,20 franc? Des membres de la CER souhaitent le savoir. Le président de la commission, Christophe Darbellay (PDC/VS), en doute cependant: «Je pense que la BNS souhaite attendre que la situation se décante dans l’UE.» La démarche de l’informaticien a ainsi pris une ampleur d’affaire d’Etat que celui-ci n’a pas soupçonnée. Il est désormais traité dans un établissement psychiatrique du canton de Thurgovie, où il réside, et a manifesté des penchants suicidaires, ont annoncé les médias dominicaux d’outre-Sarine.

La plainte déposée par la Banque Sarrasin vise son ex-employé, mais elle pourrait s’étendre à des tiers. La banque devrait donner des précisions à ce sujet ce lundi, selon la SonntagsZeitung. Tous ceux qui ont relayé les informations fournies par l’informaticien devront probablement s’expliquer. C’est le souhait exprimé par l’ancien procureur tessinois Paolo Bernasconi dans la NZZ am Sonntag. «Le fait de recevoir ou de transmettre des informations bancaires volées constitue-t-il une violation du secret bancaire? C’est controversé, mais je suis d’avis que cela relève aussi du droit pénal», analyse-t-il.

Trois personnes au moins pourraient être invitées à s’expliquer. Le premier sur la liste est l’avocat et député UDC thurgovien Hermann Lei, qui connaît l’informaticien «depuis l’école» et admet avoir «signalé à la Weltwoche quelques incohérences dans l’affaire Hildebrand», a-t-il indiqué samedi dans le Sankt-Galler Tagblatt. Il conteste avoir commis la moindre infraction mais reconnaît avoir conseillé l’informaticien, qu’il a reçu «en état de détresse». «Notre but était l’ouverture d’une enquête, par exemple par une interpellation», dit-il. Cette interpellation a été déposée par l’UDC zurichois Hans Kaufmann le 23 décembre, avant même que la BNS n’informe le public de l’existence de soupçons contre Philipp Hildebrand.

Comme Christoph Blocher, Hermann Lei dit n’avoir joué que le rôle de «facteur». Or le vice-président de l’UDC pourrait aussi être visé dans le cadre de l’enquête. Il nie avoir transmis à Micheline Calmy-Rey des «documents originaux», ce qui ne veut pas dire qu’il ne lui ait rien montré. Mais il faut pour cela que le parlement lève son immunité, une décision que Paolo Bernasconi appelle de ses vœux, «car cette affaire est vraiment grave».

Un troisième relais a été rendu public par la NZZ am Sonntag: le député zurichois Claudio Schmid, lui aussi membre de l’UDC. Alerté par l’informaticien, il lui aurait conseillé de ne pas toucher à cette histoire, mais a néanmoins pris contact avec la rédaction du Blick pour organiser une rencontre avec lui.

Le parlement va désormais s’efforcer d’atténuer les effets néfastes de l’affaire sur la crédibilité de la banque centrale. Pour Christoph Blocher, seul le départ de Philipp Hildebrand peut redonner à la BNS la stabilité dont elle a besoin. Mais l’UDC paraît isolée. On voit mal, pour l’heure, les autres partis lui emboîter le pas. Une fois la «faute morale» reconnue et les premières mesures prises (voir ci-contre), Philipp Hildebrand devrait rester aux commandes. C’est en tout cas le souhait exprimé par Eveline Widmer-Schlumpf lors de l’émission Arena. A ses yeux, un retrait du patron de la BNS dans la situation actuelle serait «grave» et l’on «perdrait un président qui a fait un travail remarquable, dispose d’un bon réseau et peut être très utile à la Suisse». «La meilleure des choses à faire consiste à clore rapidement cette affaire», commente de son côté Christophe Darbellay.