Les CFF, leurs beaux wagons climatisés à deux étages, leur ponctualité légendaire –sur l'ensemble du réseau le retard se compte en minutes –, l'amabilité des contrôleurs… Une image d'excellence qui ne colle toutefois pas à la réalité quotidienne des habitués des Regio-Express de la ligne Genève-Lausanne.

Dans le train d'hier mardi matin, le retard du jour, 10 minutes, est âprement commenté. «Je n'ose plus appeler mon travail pour dire que je serai en retard. Hier 30 minutes, aujourd'hui 10 minutes, mercredi passé 50 minutes, c'est trop», avoue une mère de famille qui n'arrive pas à relâcher son stress. Tout le monde râle dans le wagon, d'autant plus que les informations sont rares. Sur ce trajet, pas de chef de train et donc pas d'explications la plupart du temps.

Le wagon lui-même n'est pas très frais, tissu troué, absence de climatisation, son charme est plus défraîchi que désuet. Seul avantage, le voyageur peut ouvrir les fenêtres, ce qui n'est pas un luxe lorsque le wagon a stationné longuement au soleil.

La «Bobo» et ses freins

Un contrôleur passe tout de même, il explique que les retards de ces derniers jours sont tous dus à des problèmes de freins. En effet, après un stationnement prolongé, il faut vérifier le système en frappant les sabots des freins avec un marteau ou une pince. Un geste à l'ancienne, adapté aux vieilles locomotives appelées «BoBo» dans le jargon maison, ou plus classiquement Re4/4/II. Des machines datant des années 60, «très fiables», selon Jacques Zulauff, porte-parole des CFF pour la Suisse romande. Elles sont utilisées pour les trains marchandises… et pour les Regio-Express. Les locomotives du trafic Inter-Regio et Intercity sont, elles, équipées de freins à disques et des voyants lumineux permettent de vérifier leur bon fonctionnement de façon moins fastidieuse et donc plus rapide.

Les vérifications nécessaires sur les «BoBo» sont un facteur supplémentaire de retard pour les Regio-Express, qui doivent par ailleurs attendre le passage de l'Intercity Zurich-Lausanne-Genève et de l'Inter-Regio Lausanne-Morges-Nyon-Genève pour pouvoir démarrer.

Passagers de troisième classe

Manque d'information, voitures minables et surpeuplées, locomotives «historiques»: on peut se demander sans paranoïa excessive si les clients du trafic régional, en particulier les Romands, ne sont pas les passagers troisième classe du réseau suisse…

«Il n'en est rien, nous portons la même attention à tous nos clients. Il est vrai qu'à Zurich le trafic régional est au top, mais c'est parce qu'il est payé par le canton. Par contre, certaines lignes du Rheintal saint-gallois ont les mêmes voitures que la Suisse romande», rassure Jacques Zulauff.

Les CFF ont décidé fin 2006 déjà d'investir 326 millions pour développer et moderniser leurs trains régionaux. Quelque 140 nouvelles voitures et 26 locomotives devraient remplacer petit à petit les «carrioles» dévolues au trafic régional. A cette époque, la régie avait également promis d'améliorer l'information dans les petites gares via un système d'annonces informatiques. Des projets qui tardent un peu. «Nous voulons renouveler nos 620 gares régionales, disons que cela va doucement», commente encore le porte-parole.