Regard

Le retard stratégique du Valais face à Tamoil

«On n’a rien dans les mains pour négocier», lâche un politicien valaisan proche du dossier Tamoil. L’entreprise souhaite licencier ses employés et cesser ses activités. Tandis que l’Etat, la commune et les syndicats veulent sauver des emplois. Faute d’une vraie stratégie de l’Etat, l’entreprise tient pour l’instant le couteau par le manche.

Pour Tamoil, la meilleure des options, en ce moment, c’est l’arrêt provisoire des machines et le licenciement des employés. Cela permet de ne pas payer de salaires et de charges sociales tout en évitant de mettre le démantèlement et l’assainissement du site sur la table des négociations. L’Etat ne peut pas faire pression sur l’entreprise avec les centaines de millions de remise en état que pourrait coûter une fermeture définitive puisque Tamoil dit envisager une reprise des activités dans quelques années. Le groupe évite aussi de vendre alors que le franc fort et le cours du brut pèsent sur la valeur d’une raffinerie dont il vient de rénover la station d’épuration, les canalisations et certains filtres de cheminées.

Mais l’arrêt «provisoire» qui se prolonge, sans pouvoir réutiliser la friche industrielle, sans assainissement, sans emplois, sans impôt sur les bénéfices, est la pire des options pour les collectivités publiques. Alors, l’Etat du Valais a choisi de chercher un repreneur. Il a réuni des compétences de l’administration cantonale, obtenu des informations techniques précises sur la raffinerie mais n’a pas déterminé les conditions d’une éventuelle vente. Tamoil reste donc entièrement libre de refuser les offres qui pourraient lui être soumises. Pour autant qu’offres il y ait, ce dont doutent la plupart des connaisseurs du domaine au vu de la situation très difficile du raffinage en Europe.

L’administration valaisanne ne semble pas s’être préparée à cette éventualité, pourtant souvent évoquée ces dernières années. Les études techniques sur les modalités d’arrêt de la raffinerie viennent de commencer. Or, l’un des rares bras de levier face à l’entreprise, c’est de rendre l’arrêt provisoire compliqué. Par des exigences environnementales et sécuritaires. Ou par un plan social coûteux.

Cette dernière option repose sur une mobilisation politique et populaire importante que les ouvriers ne semblent pas certains de trouver, leur image ayant été associée à celle d’une entreprise polluante, peu respectueuse des normes et avec qui le dialogue est difficile. Les syndicats ont commencé le travail de communication en ce sens avec une pleine page de publicité dans la presse locale vendredi, dans laquelle les ouvriers de la raffinerie assurent les habitants du Chablais qu’ils prendront soin de leur sécurité jusqu’au bout. C’est que, mercredi, les raffineurs débrayent pour deux heures et qu’il faudra que les manifestants soient nombreux.

Faute d’une meilleure option, l’Etat du Valais choisit pour l’instant de miser sur la pression médiatique. Deux jours après la dernière séance entre le groupe pétrolier et le gouvernement, ce dernier demandait publiquement des prolongations de délai et une nouvelle réflexion sur la possibilité du chômage technique. Ce dont Tamoil ne veut pas et ne voudra sans doute pas. Parce que cela lui coûterait de l’argent, mais aussi parce qu’elle n’a probablement pas l’intention de reprendre ses activités dans les délais permis par le chômage technique…

On peut douter de l’effet d’une telle pression. Tamoil n’a jamais semblé sensible aux atteintes portées à son image. De plus, le Valais ne semble pas avoir cherché de soutien important auprès de la Confédération ou des cantons de Vaud et de Genève qui sont aussi concernés par des suppressions de postes. «Pour demander du soutien, il faudrait qu’ils sachent ce qu’ils souhaitent obtenir», critique un politicien valaisan. Démuni face au pétrolier libyen, le gouvernement est enfin en train de s’entourer de spécialistes. Si Tamoil ne reconsidère pas sa position, il reste au canton moins de deux mois pour comprendre la complexité juridique et technique de la situation, trouver une solution et la concrétiser.