Cinq cents calendriers expédiés à mi-décembre. Sept cents lithographies envoyées vers fin janvier. Ces envois groupés, destinés à présenter des vœux pour la nouvelle année, n'ont toujours pas été totalement distribués par La Poste et c'est déjà la mi-mars. Révolte au consulat du Japon à Genève et à l'atelier du graphiste Roger Pfund à Carouge. D'autant que les demandes d'explications que les uns et les autres ont adressées à la direction générale du «géant jaune» sont restées lettre morte.

Depuis quelques semaines, le consul général japonais, également ministre auprès de l'ONU, et ses collaborateurs se confondent en excuses auprès de leurs amis et autres relations diplomatiques qui n'ont pu, évidemment que s'étonner de ne pas avoir reçu les compliments de l'Empire du Soleil levant pour la nouvelle année. «Nous avons pourtant été attentifs à livrer à La Poste avant le 15 décembre les 508 calendriers et cartes de vœux emballés et affranchis», se défend une secrétaire dépitée. Pour ne rien arranger, certains de ces petits colis sont revenus au consulat, soit sans timbre postal, soit après avoir voyagé pendant des jours en Suisse alémanique alors qu'ils étaient destinés à la France voisine.

La colère est nettement moins contenue dans l'atelier de Roger Pfund. «Nous nous sentons ridicules vis-à-vis de nos clients», s'énerve une des collaboratrices du graphiste genevois. «C'est vrai que cette situation est dommageable pour nous», regrette le patron de cet atelier où ont été conçus notamment l'euro ainsi que des séries de billets de banque suisses et français. Comme le consulat du Japon, Roger Pfund avait pris des précautions afin que ses 777 enveloppes soient livrées dans des délais normaux, mais en choisissant de les expédier après le boom des envois de Noël et de fin d'année.

Première surprise: le tarif d'affranchissement demandé au préalable à un office postal est passé presque du simple au triple quand l'ensemble des envois a été remis à un guichet. Une taxe de 10 francs est exigée par chaque enveloppe en raison de sa taille et de son volume. Après négociations, tout est expédié vers fin janvier au prix de 5,80 francs l'unité avec l'étiquette «colis encombrant».

Deuxième surprise: aucun message ou mot de remerciements n'est parvenu à l'atelier au cours des premières semaines qui ont suivi l'envoi des lithographies. Pourtant, le graphiste sait que les œuvres originales qu'ils réalisent chaque année, et cela depuis des lustres, sont attendues par ses amis ainsi que par ses relations professionnelles. Comme les représentants du consulat du Japon, Roger Pfund n'a d'autres solutions que de donner sa version du manquement au gré de ses rencontres avec des clients: non il ne les a pas oubliés, oui tout est de la faute de la Poste, qui a une nouvelle fois péché au moment de la distribution.

Pour l'heure, la direction de la Poste n'a pas encore fourni d'explications à Roger Pfund. Mais tous les usagers du «géant jaune» se souviennent des débuts catastrophiques du centre du tri des colis pour la Suisse romande, installé à Daillens dans le canton de Vaud. Dès son ouverture en mai 1999, ce centre a été confronté à un véritable chaos informatique, à l'instar de ceux de Frauenfeld et de Hörkingen. Conséquences, d'importants retards ont été enregistrés dans les délais de livraison. Pour faire face, l'entreprise avait été obligée de retrouver ses vieilles méthodes de tri manuel des paquets, tout en recourant au soutien des anciens centres de tri de Genève, Lausanne, Bâle et Lucerne.

Un mauvais souvenir?

Tous ces problèmes techniques dans la gestion des paquets seraient, selon La Poste, un mauvais souvenir depuis près d'une année. Et pourtant, sur les 777 enveloppes expédiées par l'atelier de Roger Pfund, 607 ont été assurément distribuées en cinq semaines, 9 n'ont toujours pas été remises à leurs destinataires et 161 relèvent du mystère. Aucune trace de ces petits «colis encombrants» n'a été relevée tout au long de la chaîne de distribution. Ce qui signifierait que, contrairement aux autres, ils n'auraient pas été munis du code-barres permettant à chaque paquet d'être suivi depuis l'office où il a été posté jusqu'au facteur, en passant par les centres de transit, de tri et de distribution.

«Il est fort possible que ces 161 enveloppes soient passées par le réseau des lettres, un réseau qui n'est pas muni d'un système de traçabilité comme celui des colis», explique André Mudry, porte-parole de La Poste. A cette erreur d'aiguillage, s'ajoute la difficulté du système de tri informatique des lettres à lire les adresses du courrier au format trop grand et à l'épaisseur ne correspondant aux normes habituelles. «Aussi, les 161 enveloppes expédiées par Roger Pfund auraient dû être triées manuellement, admet André Mudry. Nous sommes conscients que nous avons des problèmes avec ce genre d'envois, qui ne sont pas vraiment des colis, ni des lettres.»