La centrale téléphonique de la cave valaisanne Provins réserve des surprises qui font sourire. Une fois la ligne décrochée, c'est un refrain qui circule en boucle: «Patientez encore quelques instants. Merci.» La patience des 5200 sociétaires de la plus grande cave de Suisse commence toutefois à s'éroder. Depuis la fusion historique des quatre coopératives le 14 septembre dernier, le troisième versement de la vendange 2001 se fait toujours attendre.

«On nous avait promis un règlement rapide grâce à la nouvelle structure, observe un vigneron de Leytron. Depuis, plusieurs promesses ont été faites par voie de presse par le nouveau directeur répétant dans la semaine qui suit, dans la semaine qui suit… En attendant, nous n'avons toujours pas reçu 1 franc.» Ce constat traduit la tension qui grandit autour de la nouvelle coopérative et de ses réelles possibilités financières. Ou tout au moins de sa volonté de régler totalement la dernière vendange.

La fusion des quatre coopératives Provins avec la Fédération avait été saluée comme un succès et un gage de pérennité pour l'entreprise et ses sociétaires. En particulier, elle permettait d'améliorer le bilan de l'entreprise et sa position face aux bailleurs de fonds, augmentant les fonds propres jusqu'à 40%. La nouvelle société pouvait donc procéder rapidement au troisième versement de la récolte 2001. Même si ce millésime a marqué un recul du chiffre d'affaires de 8 millions pour un total de 72 millions. A plusieurs reprises, le nouveau directeur Roland Vergères a assuré que le conseil d'administration avait décidé de verser aux fournisseurs le montant de 3,5 millions de francs, correspondant au 10% de l'ensemble du produit de la récolte. Mais sans préciser quand.

Le 26 octobre dernier à Savièse, lors de la grande fête des sociétaires, la promesse de paiement a été réitérée. Ce lundi 4 novembre, rien n'était pourtant réglé. L'inquiétude est donc grandissante, ce d'autant que les vignerons attendent dorénavant le premier versement de la vendange 2002, généralement viré à la fin de novembre. Celui-ci correspond bon an mal an aux 60% du montant de la récolte. Soit quelque 20 millions de francs. D'où la question: Provins a-t-elle encore les liquidités pour assumer la facture?

Christian Broccard, président de l'Interprofession de la vigne et du vin, lui même proche des producteurs, s'étonne de la situation: «Si Provins n'a pas de quoi payer le troisième versement de l'année dernière, comment fera-t-il pour payer le premier versement de cette année?» Le directeur de la Chambre valaisanne d'agriculture, Guy Bianco, partage cette inquiétude: «Certains commencent à se poser des questions. Pour le producteur, cela commence à faire un peu long.»

Roland Vergères, qui a succédé à Eric Lehmann, se montre très prudent, mais ne veut plus articuler un calendrier précis: «Je n'ai pas pour l'instant les éléments concrets qui me permettent de dire quand ces montants seront payés. La seule chose que je peux dire est que le troisième versement a été décidé et que cela sera fait.» Il ne cache pas non plus que la situation exige une réflexion globale sur le troisième versement 2001 et le premier 2002.

Cela dit, les sociétaires impayés ne peuvent pas faire grand-chose contre la situation. En particulier, ils ne peuvent engager des poursuites contre la coopérative, dont ils sont finalement propriétaires: «Ils livrent en espérant être payés, relève Guy Bianco, mais il n'y a pas un contrat précis quant au prix. Ils peuvent agir seulement dans le cadre des organes de la société.» Du point de vue juridique, Provins ne peut donc pas être mise en faillite par ses sociétaires.

Il reste que les retards de paiement de la grande coopérative confirment le malaise du secteur viti-vinicole valaisan face aux excédents de stocks de fendant. Un député radical a même déposé devant le Grand Conseil la proposition d'attribuer 10 millions de francs pour détruire les stocks afin de repartir sur une base assainie. Peut-être que Provins attend de connaître le sort réservé à cette proposition avant de définir la politique à venir. Le Grand Conseil valaisan doit la traiter cette semaine.