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Bernard Rappaz: «Sur le marché suisse, il y a un gros manque d’information sur l’origine des produits. La majorité du chanvre qui est consommé en Suisse est issue de l’importation. Moi, je mène un combat aussi pour nos agriculteurs.»
© © Holyweed 2017

Cannabis

Le retour du chantre du chanvre suisse

Bernard Rappaz lance une marque de cannabis légal, faible en THC. Un projet à plus de 1 million de francs, réalisé avec deux jeunes associés

«Je pensais que le chanvre sans couilles, cela ne marcherait jamais. Je me suis trompé.» Bernard Rappaz reçoit dans une salle élégante, nichée au pied d’un quartier chic de Genève. L’agriculteur valaisan a une annonce à faire: il se lance dans le commerce de cannabis légal. Celui qui est autorisé dans la Confédération depuis 2011 car il ne contient pas plus de 1% de THC, cette substance qui fait «planer». Une herbe sans attributs masculins, dans le langage fleuri de l’homme à l’immuable coupe mulet. Le produit s’appelle Holyweed. Il est vendu sur Internet. L’investissement de Bernard Rappaz et de ses deux jeunes associés se monte à plus de 1 million de francs.

Le Saxonain pénètre un marché qui s’envole. Pour 2017, l’impôt douanier sur ces produits devrait rapporter une somme comprise entre 60 et 100 millions de francs. Selon des chiffres datant de l’été dernier, l’administration des douanes a décompté 250 producteurs de cannabis légal en Suisse, contre cinq seulement début 2017. La majorité ne sont pas des paysans, mais des personnes qui cultivent leur herbe en hangar.

Lire aussi: La Suisse, eldorado du cannabis légal

Sur le marché suisse, il y a un gros manque d’information sur l’origine des produits. La majorité du chanvre qui est consommé en Suisse est issue de l’importation. Moi, je mène un combat aussi pour nos agriculteurs

Bernard Rappaz, chanvrier

En puriste, Bernard Rappaz fait pousser la sienne en plein air, dans les cantons de Vaud et du Jura. «J’amène mes graines à des agriculteurs bios, raconte-t-il. Le séchage se fait dans la Broye.» Pour être prêtes cet hiver, plusieurs tonnes de chanvre ont été récoltées dès le mois d’août dernier.

Le chanvrier insiste sur le soin apporté au packaging et aux informations aux consommateurs. «Sur le marché suisse, il y a un gros manque d’information sur l’origine des produits, dit-il. La majorité du chanvre qui est consommé en Suisse est issue de l’importation. Moi, je mène un combat aussi pour nos agriculteurs.»

Le produit est vendu à un prix (39 francs les 3,5 grammes) qui le place dans la fourchette haute des cannabis actuellement vendus en Suisse, notamment dans les kiosques. Le prix inclut 8% de TVA et 25% de taxe CDB, soit le cannabidiol, cette molécule qui décontracte. En Suisse, le marché a réellement décollé en 2016, lorsque des producteurs ont réussi à concevoir un cannabis faible en THC mais aux forts taux de CBD.

Lire également: Au Tessin, le cannabis fait concurrence aux cultures maraîchères

Grèves de la faim

Pour lancer Holyweed, Bernard Rappaz s’est associé à deux Genevois: Laurent Rappaport, un ancien banquier de 37 ans, et Romain Gruner, 38 ans, un ex-galeriste. Le cultivateur en comptera, lui, 65 en février. Il se dit très content de ce mariage de la carpe et du lapin: «J’apporte mon nom et mon expérience. Eux apportent les moyens de réaliser mon rêve.»

C’est que le Valaisan s’est fait connaître dès 1993, en étant le premier agriculteur à cultiver du chanvre en Suisse. La commercialisation de 5 tonnes pour 5 millions de francs entre 1997 et 2001 lui vaudra d’être condamné à 5 ans de prison en 2006. Sa ferme, ses champs et 50 autres tonnes avaient été saisis. Après plusieurs grèves de la faim pour protester contre sa condamnation, voilà le chantre du chanvre de retour.

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