L’ex-Madame «SK» est de retour à la télévision. Elle essuie, ce vendredi soir, les plâtres de Fauteuils d’orchestre sur France 3. Objectif: tester l’art lyrique et la musique classique en prime time sur le service public. C’est courageux, et c’eût été sans doute impossible sans la participation, pour cette première, de deux «monstres» en télévision: Anne Sinclair, donc, tout d’abord, qui n’a plus rien à prouver dans ce métier, ancienne animatrice du célèbre magazine politique 7 sur 7 sur TF1 de 1984 à 1997 et actuelle directrice éditoriale du site Le Huffington Post; et le baryton-basse Ruggero Raimondi, star parmi les stars lyriques avec qui l’on ne prend guère de risques en TV, à une heure d’audience populaire.

Objectif: mettre en lumière «une personnalité connue ou moins connue de l’univers de la musique classique». Le choix de la première est limpide: Raimondi est aujourd’hui l’un des chanteurs d’opéra «les plus célèbres et l’un des plus appréciés sur toutes les grandes scènes lyriques». Il parcourra «les étapes importantes de sa vie à travers les œuvres et les moments essentiels de sa carrière. Plusieurs autres artistes, issus d’univers différents, rejoignent l’animatrice et son invité afin de partager leur regard personnel sur ce dernier.»

A priori, donc, on a affaire à «une bien belle initiative», selon France Inter. Mais Gala se demande déjà: «Un petit tour et puis s’en va?» Alors, ce sera seulement un «one shot»? «Cela fait douze ans que l’on n'a plus vu Anne Sinclair animer sa propre émis­sion à la télé­vi­sion.» Elle ne revient pas y parler politique, on l’a compris, mais veut toucher – comme elle en a eu le plus souvent l’habitude – «un plus large public».

A Paris Match, elle a dit être «un peu lasse […] de la classe politique, de son manque de renouvellement, de ses tics, de ses réflexes très franco-français. Macron est intéressant parce qu’il bouscule son camp et propose de réelles modernisations. Peut-être avec des ­maladresses, qui viennent de ce qu’il n’est pas un politique aguerri. Mais faut-il le devenir?»

Un large public? Aux côtés de Raimondi, elle a donc «fait appel à son grand ami Patrick Bruel», pour habiter au mieux son plateau de 900 m², et aux «100 musi­ciens de l’Or­chestre de Paris, dirigé par Alain Alti­no­glu». Et rayonner elle-même, vampirisant les regards et les oreilles:

Dans l’émis­sion Le Tube, sur Canal +, elle l’a dit clairement: «Je ne reviens pas du tout. Je fais une émis­sion parce qu’on m’a proposé quelque chose qui m’amuse infi­ni­ment et que j’aime depuis toujours, la musique clas­sique et l’opéra.» En ajoutant: «Mais c’est pour UNE émis­sion, donc je ne reviens pas à la télé.» La direc­tion de France 3 aime­rait pour­tant la convaincre de pour­suivre l’aven­ture. Pour occuper de temps en temps la case horaire du méga-succès, historique et pérenne, de la chaîne qu’est l’émission Thalassa.

On verra bien. En attendant, noblesse oblige, Anne Sinclair a donné une grande interview à Forum Opéra, où, «le regard bleu, la parole précipitée de ceux dont l’esprit va vite, […] naturelle, directe, spontanée, souriante», elle confie aimer l’opéra depuis l’enfance. Et elle force l’admiration, comme ce mercredi matin sur France Musique:

«J’ai vu Faust, dit-elle, je devais avoir 8 ou 9 ans, à Garnier […]. J’ai toujours beaucoup aimé la musique classique. J’ai été amenée par mon père au concert et ma grand-mère, du côté maternel, adorait l’opéra, chantait elle-même. […] J’ai entendu Tannhäuser. […] Je connais La Bohème en français. Et quand j’écoute l’enregistrement de l’opéra en italien, l’air de Musette me revient en français [Elle chantonne: «D’un pas léger, je m’en vais…»]

Pour mieux revenir? Comme porteuse d’image? En tout cas, sur cette image-ci, on ne peut pas dire que ce n’est pas efficace, malgré tout ce qu’on pourra lire par ailleurs sur les effets de la chirurgie esthétique, comme dans France Dimanche, par exemple:

La bande-annonce de Fauteuils d’orchestre publiée sur Facebook – avec le casting entier de l’émission – est explicite: le nouveau brushing nous éclate à la figure. Elégance. Classe. «De l’opéra en prime time, c’est pas classique»: tel est le slogan. D’ailleurs, L’Obs s’est gaussé de l’interview qu’elle a donnée à Paris Match. Première question, sans point d’interrogation:

– Si la télévision vous aime et vous redemande, c’est aussi parce que vous avez une chance folle, celle de ne pas vieillir. Toujours le même regard, la même chevelure, le même éclat. Dites-nous quels sont vos secrets pour rester jeune…

Réponse d’Anne Sinclair: «J’ai 67 ans et je ne trafique rien. Je n’ai pas le droit de faire d’injections – vitamines, acide hyaluronique, toxine botulique ou autres – car mon collagène ne supporte pas de corps étranger, paraît-il. Quant à faire un lifting, j’ai bien trop peur! Je pense avoir hérité la belle peau de ma mère. Question de génétique. Mais j’ai, bien sûr, des cheveux blancs que je camoufle, comme beaucoup de femmes. Mon secret est peut-être l’enthousiasme et la capacité, toujours et encore, de m’indigner, bref, un appétit de vie que m’a transmis mon père. J’aime rire et je suis plutôt gaie, c’est bon pour la jeunesse!»

Voilà. Mais ça n’intéresse personne, ça! L’Obs n’en croit pas ses yeux: «Entre quelques questions professionnelles, un tas de réflexions mode/beauté/vie de famille, qui n’ont […] aucun intérêt.» Mais Anne Sinclair a tourné la page! Peu veulent bien le reconnaître. Peu en ont envie. Mais franchement: à sa place, qui, grands dieux, n’aurait pas envie de tourner la page?

«Fauteuils d’orchestre», animé par Anne Sinclair, France 3, vendredi 11 décembre à 20h50.