Claude Covassi est de retour en Suisse et le fait savoir. L'homme qui prétend détenir les preuves de l'infiltration du centre islamique de Genève par les services secrets suisses, afin de compromettre son directeur Hani Ramadan, a été entendu à titre de renseignement, confirme Patrick Pulh, porte-parole de la police genevoise. Mais pour une affaire qui n'a rien à voir ni avec les barbouzeries auxquelles il aurait été mêlé, ni avec sa condamnation à une peine ferme pour trafic d'anabolisants, prononcée avant qu'il ne mette les voiles, ce printemps.

Avec quoi alors? La police du bout du lac n'en dira pas plus. Elle précise simplement que, contrairement aux déclarations de Claude Covassi dans le Blick de jeudi, celui-ci n'a pas été arrêté. Il est arrivé et est reparti libre des locaux de la police judiciaire.

Claude Covassi, lui, a précisé au Temps que les clés USB qu'il détenait lui ont été rendues au terme de son audition, mais qu'elles ne sont depuis lors plus lisibles. Il dément toutefois qu'elles aient contenu les fameux enregistrements qui prouveraient les turpitudes des agents du renseignement.

Selon lui, les interrogations des policiers avaient pour objet des informations «complémentaires» relatives à son affaire d'anabolisants - mais son explication est juridiquement peu plausible. Car on voit mal de quelles investigations la police judiciaire pourrait être chargée dans une procédure dont la phase d'enquête est close depuis longtemps et qui en est au stade du jugement en appel. Une personne entendue «à titre de renseignement» n'est au surplus ni un prévenu ni un témoin, mais quelqu'un contre qui des charges sont susceptibles de peser ultérieurement.

Manipulateur non dénué de talents

Claude Covassi est donc rentré d'Egypte, d'où il avait promis tant de fois de revenir pour déballer son sac devant la délégation parlementaire chargée, à Berne, de surveiller les services de renseignement. Des promesses jamais tenues qui ont achevé de le faire passer pour un manipulateur non dénué de talents. Le dernier rendez-vous manqué, explique aujourd'hui Claude Covassi, c'est parce que Hani Ramadan ne lui a pas fait parvenir l'argent qu'il lui avait promis pour payer son billet de retour. De guerre lasse, la délégation avait renoncé à le convoquer. Aujourd'hui, elle serait à nouveau prête à l'entendre, affirme-t-il.

Claude Covassi est donc revenu, mais son avocat à Genève, Me Razi Abderrahim, envoyait un fax jeudi dans l'après-midi pour indiquer que son client était «très marqué par ce retour mouvementé» - il aurait été arrêté et détenu en Egypte. Tenu également par un «devoir de réserve», «il ne souhaite pas s'exprimer plus avant pour l'instant», faisait savoir son avocat.

A 6 heures moins le quart, Me Abderrahim maintenait le contenu de son fax. Il nous mettait néanmoins directement en contact avec un Claude Covassi ne laissant pas d'être volubile. Celui-ci, sur le coup de 18h10, intervenait d'ailleurs en direct à Forums, sur La Première, clouant le bec à un Ueli Leuenberger, le conseiller national écologiste genevois, pourtant bien intentionné. Et puis, à 18h45, Claude Covassi était l'invité de Genève à chaud, sur Léman Bleu. Décidément, l'homme surmonte rapidement ses épreuves.