Retour au front de l’UDC vaudoise

Campagne Le parti agite son thème de prédilection: l’immigration

Les cadavres de réfugiés aux portes de l’Europe ont suscité, dans plusieurs pays et jusqu’en Suisse, des appels à davantage de solidarité à l’égard des migrants. Qu’à cela ne tienne: l’UDC, un moment silencieuse face aux drames humains, n’est pas près de mettre de côté son thème de prédilection, ni d’assouplir son discours. La section vaudoise du moins, qui présentait lundi son affiche de campagne. Un visuel sans nuance, dans la veine traditionnelle de sa communication. L’affiche montre une nuée de silhouettes noires en marche vers une Suisse rouge à croix blanche.

L’image «représente une vague de migrants qui déferlent de manière incontrôlée sur la Suisse», explique l’UDC. Le parti, qui peine à relever la tête après un été marqué par des guerres intestines, a donc décidé de placer l’accent sur l’immigration durant sa campagne en vue des élections fédérales. Sous peine de lasser? «Nous ne pouvons pas plaire à tout le monde», réplique Claude-Alain Voiblet, candidat vaudois au Conseil national.

Sur la place de la Palud, à Lausanne, sous une brise automnale, les candidats ont pris le micro lundi pour «dénoncer la démesure dont les Vaudois sont victimes». Hausse des loyers, pressions sur les salaires, baisse de la qualité de vie, trains bondés ou bouchons sur l’autoroute: l’immigration est désignée comme responsable de tous les maux. Le parti accuse la politique migratoire «incontrôlée» du Conseil fédéral et réclame une mise en œuvre rapide de l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse».

Un discours aligné sur celui de l’UDC nationale. Alors que l’Europe doit trouver des réponses à une arrivée exceptionnelle de réfugiés sur son territoire, amenant de grands pays comme l’Allemagne à remettre en cause les Accords de Dublin, le parti nationaliste suisse, lui, exige un moratoire d’un an sur l’asile – afin de bloquer toutes les procédures – et le renforcement des contrôles aux frontières.

Claude-Alain Voiblet, qui est aussi vice-président de l’UDC, soutient cette posture: «Le contexte émotionnel rend le débat plus compliqué, mais nos électeurs ne comprendraient pas que nous changions de politique.» La présidente de l’UDC vaudoise, Fabienne Despot, estime quant à elle que l’actualité «donne raison» à son parti: «Nous mettons le doigt sur un problème auquel tout le monde est désormais confronté.» Et de fustiger les «politiques de gauche qui font croire à la moitié de l’Afrique et du Moyen-Orient qu’ils ont une place en Europe».

Au sein des autres partis, en revanche, la prudence reste de mise sur le sujet de l’asile. Le PS vaudois centre sa campagne sur trois axes: la santé, le service public et la mobilité. «D’un point de vue électoral, parler d’immigration et d’ouverture des frontières n’est pas très porteur, bien que j’aie l’impression que nous assistons à un tournant dans l’opinion publique», souligne Julien Rilliet, coordinateur de campagne pour les conseillers d’Etat sortants Géraldine Savary (PS) et Luc Recordon (Les Verts). Il est plus simple, ajoute-t-il, de «désinformer à coups d’affiches et de slogans simplistes» que d’expliquer pourquoi il est nécessaire de réformer l’asile. Ce sera pourtant «l’un des grands enjeux de la gauche pour la décennie à venir», admet-il.

Le PLR conforté

Agiter la menace de l’immigration est le «fonds de commerce» du parti blochérien, lâche Eric Rochat, chef de campagne du PLR vaudois. L’affiche présentée lundi par l’UDC Vaud conforte à ses yeux la décision du PLR de ne pas s’apparenter, pour la première fois cette année, à son ancien allié traditionnel: «C’est à cause de ce type de discours que beaucoup de nos membres ne peuvent se sentir frères de l’UDC. La Suisse, dépositaire des Conventions de Genève, a une responsabilité. Nous n’avons pas le sentiment qu’elle se montre trop laxiste.»

L’UDC vaudoise maintient son ambition de décrocher un cinquième siège au Conseil national. Pourtant, avec deux conseiller nationaux sortants qui ne se représentent pas et deux candidats affaiblis par les affaires – l’enregistrement clandestin de Fabienne Despot et la plainte d’une ex-compagne visant Michaël Buffat –, «il faudra déjà se battre pour en obtenir quatre», admet le vice-président, Jean-François Thuillard.