Politique

Le retour planifié d’Oskar Freysinger

L’ancien élu UDC réapparaît après de nombreux mois de mutisme. Un retour qui ne se veut pas politique mais littéraire. Reste qu’avec Oskar Freysinger la chose publique n’est jamais bien loin

Oskar Freysinger fait son retour en pleine lumière. Plus de dix-sept mois après son éviction du Conseil d’Etat valaisan, le tribun UDC revient sur le devant de la scène. «Non pas en tant que politicien, martèle-t-il, mais en tant qu’écrivain, ce que j’ai toujours été.» Il fait la promotion de son «petit manuel de survie» intitulé Le côté obscur de la lumière. Un livre de 340 pages dans lequel il évoque les derniers mois de sa vie politique.

Depuis mars 2017, l’homme a disparu des écrans radars. Il a fermé le rideau. Ses apparitions médiatiques se comptent sur les doigts d’une main. C’est dire si son retour était attendu. Et scruté. Il est survenu mercredi, jour de la sortie de son ouvrage, dans le magazine L’Illustré.

«Un an et demi absolument magique»

Depuis, les rendez-vous avec les médias s’enchaînent. Le nôtre est fixé jeudi après-midi, chez lui, à Savièse. L’homme qui nous ouvre la porte n’est pas celui que l’on a vu pour la dernière fois il y a une année et demie. Bronzé, portant une barbe taillée et son fidèle catogan, Oskar Freysinger semble apaisé. Les cernes ont fait place à un large sourire. «J’ai vécu un an et demi absolument magique. J’écris beaucoup, je lis énormément et je fais du sport. C’est une vie dont j’ai toujours rêvé», avoue-t-il.

Autour d’un verre sur sa terrasse, accompagné de sa femme Ghislaine, l’ancien conseiller national évoque son retour. En bête médiatique qu’il est devenu au fil des années «pour vaincre son agoraphobie», Oskar Freysinger connaît la presse et sait en jouer. Il a tout planifié pour que tout se déroule comme il le souhaite. Il veut avoir la maîtrise de son retour.

Si l’exclusivité a été donnée à L’Illustré, ce n’est pas par hasard. Pour l’ancien élu, l’hebdomadaire a plusieurs avantages, notamment celui d’être «politiquement correct. Je ne vais pas dans un journal orienté qui m’est favorable. En quelque sorte, je sors du ghetto et j’aborde ainsi des gens que je n’aurais habituellement pas touchés.» Même s’il dit ne plus faire de politique, l’homme en a conservé les réflexes.

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Un retour médiatique appréhendé

Sa femme l’interrompt. «C’est ton éditeur qui t’a demandé de le faire.» Il acquiesce et explique qu’il aurait préféré s’en tenir à une seule interview. «Dans la solitude de la nature, je me sens mieux», rigole-t-il. Mais c’est surtout que ce retour dans les médias l’inquiète. Il s’en méfie des médias, Oskar Freysinger, même s’il s’en est servi durant ses vingt ans de carrière politique. «J’avais une appréhension de retourner dans ce milieu qui est, quelque part, à la base du traumatisme que j’ai vécu. Si tu te brûles une fois, tu crains le feu. Et là, je retourne au feu, je reviens vers quelque chose dont le souvenir est pesant.»

Derrière le trublion que tout le monde connaît se cacherait donc un grand angoissé. Oskar Freysinger explique avoir fait un travail sur soi «afin d’arriver à une sérénité pour affronter ce monde effrayant», qu’il a perçu comme hostile. Objectif: mieux gérer psychologiquement et sentimentalement ce retour, pour éviter de «se faire submerger». Mais derrière ce discours victimisant se cache une stratégie bien huilée avec de nombreux passages dans la presse.

Il ne laisse pas de place à l’improvisation. Dès notre arrivée, il nous demande l’angle de notre article. Il ne veut pas avoir de surprise et ne veut pas se retrouver dans un combat politique avec les journalistes. Il a fermé cette parenthèse de sa vie et son livre en est le point final. Pourtant, dès son deuxième passage dans les médias, mercredi soir dans Forum sur la RTS, la bête politico-médiatique fait sa réapparition. «Je me suis fait piéger quelque part et j’ai dû mener une contre-attaque politique, alors que je suis un auteur qui écrit des livres», explique-t-il, disant regretter son passage sur les ondes.

«Il n’y aura pas de rechute»

La politique n’est jamais bien loin avec Oskar Freysinger. Derrière son livre, il n’y a toutefois «aucune volonté de sortir du bois politiquement», affirme-t-il. Cette médiatisation arrive tout de même à point nommé, pour celui qui s’engage en faveur de l’initiative pour l’autodétermination, soumise à votation le 25 novembre. Vingt ans de carrière politique, ça ne s’oublie pas en un claquement de doigts. Sporadiquement, il continuera d’être présent dans les médias pour défendre ses idées. «Mais il n’y aura pas de rechute au point d’être à nouveau sur une liste électorale. Pour cela, il faudrait un miracle interstellaire.»

Selon sa planification, Oskar Freysinger mettra fin à son retour sous le feu des projecteurs dimanche soir avec l’émission Mise au point de la RTS. Après cela, il retournera dans l’ombre. Reste à savoir si la lumière ne lui manquera pas trop.

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