VALAIS

Retour sur le Plat-de-la-Lé, où les avalanches ont tué une jeune femme et deux sauveteurs

En portant assistance à une jeune Zurichoise emportée par une avalanche, une colonne de secours est à son tour engloutie par une coulée de neige. Deux guides perdent la vie. Le drame suscite un profond désarroi au sein des secouristes, une profession qui s'interroge sur les limites à fixer à leurs interventions.

«Ce n'est pas dans notre nature de condamner.» Au lendemain de la découverte des derniers corps ensevelis samedi par des avalanches au-dessus de Zinal, Cédric Roux se refuse à faire porter à qui que ce soit la responsabilité de la mort de deux guides-secouristes, ses amis et collègues. En intervenant avec une vingtaine d'autres sauveteurs au pied de la cascade de glace où six personnes avaient été emportées à deux reprises par une coulée de neige, ce jeune père de famille «n'a fait que son boulot». Comme Edouard Gross et Nicolas Gaspoz, les sauveteurs décédés.

«Tous deux représentaient le portrait type du guide-secouriste», raconte Jacky Michelet, le directeur de l'Organisation cantonale valaisanne des secours (OCVS). Nicolas Gaspoz et Edouard Gross avaient tous les deux été guides dans la gendarmerie. «C'est là qu'on s'est connus, là qu'ils se sont intéressés au secours en montagne». En 1995, les deux sauveteurs suivront Michelet pour fonder la Maison du sauvetage au sein d'Air Glaciers.

Nicolas Gaspoz était de Saint-Martin, dans le Val d'Hérens, où il sera enterré mardi. Il avait une formation en cours, pour devenir chef d'un service de sécurité d'un domaine skiable. Issu d'une famille de chasseurs, cet homme gai, passionné de faune et de flore, était apprécié de tous. Agé de 36 ans, marié et père de deux jeunes enfants, c'était aussi un grand sportif.

Edouard Gross avait fait son brevet de guide et acquis une formation de chef de service de sécurité sur un domaine skiable avant d'entrer dans la police valaisanne. Fils de François Gross, l'ancien rédacteur en chef de La Liberté, il vivait à Sion avec sa femme et leurs trois filles. Eddy, comme tout le monde l'appelle dans la famille des secouristes valaisans, était aussi un passionné d'informatique et expert en télécoms pour l'OCVS. «Ils avaient en commun la générosité et l'envie d'aller au bout des choses», résume Jacky Michelet. Edouard Gross sera enterré mercredi dans l'intimité.

Lundi, sous un ciel chargé de nuages gris, les couloirs dominant les cascades de glace paraissent toujours menaçants. D'autant que les lieux ont été fermés aux promeneurs et aux skieurs de fond. C'est à cet endroit que trois personnes ont trouvé la mort samedi. Ce jour-là, une neige lourde n'avait cessé de tomber, et le risque d'avalanche était maximal. En fin d'après-midi, un groupe de six jeunes, dont plusieurs domiciliés à Neuchâtel, avaient pourtant décidé d'escalader la colonne de glace.

Retour sur le fil du drame. Peu après d'être élancés, les six sont entraînés par une première avalanche, mais s'en sortent indemnes. Seuls dégâts, la perte d'une partie de leur matériel d'escalade. Aussi décident-ils de remonter pour récupérer ces objets. Volonté fatale: une deuxième coulée de neige dévale et engloutit l'une d'eux, une jeune Zurichoise.

L'alerte donnée, la colonne de secours de Zinal gagne les hauts du val d'Anniviers, où les rejoignent des conducteurs de chiens ainsi qu'Edouard Gross et Nicolas Gaspoz, les deux guides de la Maison du Sauvetage. Durant leurs recherches, une troisième avalanche emmène avec elle 23 de ces sauveteurs. «Elle s'est déclenchée sur les crêtes. Elle est arrivée de trop loin et trop vite pour que nous l'entendions. Cela a été la panique. J'ai entendu des cris, raconte Cédric Roux. Notre seul point de fuite était à dix mètres de nous. Alors nous avons commencé à ramper sur la neige pour gagner les bords de la coulée et trouver un refuge contre la paroi d'un rocher.» Un refuge aléatoire. «Nous avons eu peur que la neige déborde le rocher par le haut et qu'elle nous écrase. Mais, au bout d'un moment, nous avons compris que c'était bon, que nous étions sauvés, se remémore le jeune secouriste. Il a fallu que nous retrouvions notre calme et nos esprits avant de faire quoi que ce soit d'autre.»

Des seize hommes qui ont été placés sous les ordres de Cédric Roux, certains d'entre eux sont trop choqués pour continuer à sonder la neige. Et, c'est en parvenant en bas de la pente qu'ils comprennent que six autres sauveteurs sont portés disparus. Ces derniers étaient chargés d'explorer le bas de la précédente avalanche avant d'être emportés à leur tour.

Très vite, l'un d'entre eux est retrouvé grâce à sa main qui dépasse de la coulée. Par la suite, trois hommes sont encore sortis vivants de la masse de neige. Puis, la dépouille d'Edouard Gross est identifiée. Il manque encore Nicolas Gaspoz, ainsi que la jeune grimpeuse disparue en fin d'après-midi.

Les avalanches se succédant, la neige ne cessant de tomber, la nuit devenant toujours plus dangereuse, les sauveteurs n'ont d'autre choix que d'abandonner les recherches. Il est plus de 22 heures. Avant de quitter les lieux définitivement, les secouristes entourent l'un d'eux, Pascal, le frère de Nicolas Gaspoz, pour le convaincre qu'il n'est plus possible de continuer.

La quête reprend le lendemain matin, dimanche, avec près de 200 hommes. C'est peu après midi que le corps sans vie du second guide est retrouvé presque au bas de la coulée. A une vingtaine de mètres où repose celui de la jeune fille qui est localisé quelque trois heures plus tard.

Publicité