Amis ou ennemis, les ministres bernois et jurassien Mario Annoni et Jean-François Roth? Leurs routes se sont fréquemment croisées, en tant que conseillers d'Etat tous deux en charge de la Question jurassienne. Mais aussi dans le cadre de leurs projets de reconversion (Mario Annoni a quitté le gouvernement bernois en juin dernier, Jean-François Roth, actuellement en mission économique en Inde, tirera sa révérence à la fin de l'année).

Il y a un an, les «frères ennemis» étaient en lice pour la présidence de Pro Helvetia. Pascal Couchepin a choisi Mario Annoni. Les deux Jurassiens se sont retrouvés en concurrence pour la présidence de la RTSR. Mario Annoni s'est alors effacé, selon la version officielle, pour Jean-François Roth, par ailleurs préféré à une autre politicienne du Jura bernois, la radicale Béatrice Devaux Stilli. L'actuel ministre jurassien de l'Economie (54 ans), candidat malheureux au Conseil fédéral en 1999 et ambassadeur d'Expo.02, prendra les rênes du conseil d'administration de la Radio-Télévision suisse romande le 1er juillet 2007. Il succédera à l'ex-conseiller d'Etat et aux Etats neuchâtelois Jean Cavadini, contraint de se retirer après dix ans de fonction, atteint par l'âge limite de 70 ans.

Estimé à 25%, rémunéré à 40000 francs par an, le poste de président de la RTSR est une fonction politique. Son titulaire a besoin d'une vision pour la radio-TV, mais il doit surtout défendre sa région linguistique dans la structure fédéraliste de la SSR. Il occupe une place à son conseil d'administration.

Le président de la RTSR doit avoir un poids politique indéniable pour s'assurer que la Suisse romande conserve les moyens de produire une radio et une télévision de qualité et répondant aux critères du service public. La clé de voûte est la répartition du produit de la redevance. Il faut faire admettre aux Alémaniques, qui représentent 77% de la population, qu'ils n'ont droit qu'à 42% de la manne. La Suisse romande touche, elle, 32%, bien plus que la proportion de sa population.

Le président de la RTSR est encore appelé à jouer les équilibristes à l'intérieur de la Suisse romande, à faire contrepoids au lémanocentrisme des médias électroniques. Le choix d'un Jurassien n'est pas innocent. «L'expérience politique et la sensibilité aux équilibres régionaux priment les compétences techniques», relève Jean Cavadini, même si les défis technologiques ne manquent pas.

Après douze ans au gouvernement, Jean-François Roth s'organise une retraite active. En plus de la RTSR, il préside la Commission fédérale des loteries et des paris. Un autre job «national», qui lui prendra environ 30% de son temps.