Pascal Couchepin et les radicaux l'avaient appris à leurs dépens en 2003: évoquer une baisse des prestations dans les retraites - comme l'avait fait le ministre en parlant de l'AVS à 67 ans - à quelques mois des élections fédérales peut faire très mal. Le PRD a attribué au Valaisan une assez large responsabilité dans la sanction électorale qui a suivi. Conséquence: au lendemain de la décision du Conseil fédéral mercredi de baisser les prestations du deuxième pilier, l'ensemble des partis réagit en marchant sur des œufs.

Le gouvernement a en effet confirmé sa volonté, déjà annoncée en juin, de baisser le taux de conversion dans la prévoyance professionnelle. Ce fameux taux, qui sert à fixer le montant des rentes sur la base du capital accumulé, est aujourd'hui de 7,1% pour les hommes et 7,2% pour les femmes. Le Conseil fédéral souhaite le ramener à 6,8% en 2011 et à 6,4% aux alentours de 2015.

Soudain, le PDC s'insurge

Alors que la balle est à présent dans le camp du parlement, la pirouette la plus spectaculaire émane du PDC. En juin, les démocrates-chrétiens ne s'étaient guère émus de l'annonce de la baisse du taux. Dès lors que l'adaptation était faite par l'Etat et non par les instituts de prévoyance, et qu'elle se fondait sur l'évolution démographique et les performances boursières, la réduction pouvait se justifier, selon les démocrates-chrétiens. Or, affirme aujourd'hui le président du parti Christophe Darbellay: «Nous sommes contre toute baisse de prestation dans les assurances sociales.» Et de préciser: «Le Conseil fédéral invoque une nouvelle fois les marchés boursiers. Il n'a sans doute pas vu que ceux-ci se portent aujourd'hui très bien.»

Un avis que partage le PS, dont le président Hans-Jürg Fehr, lors d'une conférence de presse lundi, accusait les compagnies d'assurance vie de donner dans «l'escroquerie», avec «la complicité» du Conseil fédéral. Les socialistes confirment dans le deuxième pilier la volonté de stabiliser, voire d'élever les prestations. Cette volonté avait déjà été affichée dans l'AVS avec l'initiative lancée l'an dernier par les syndicats, pour une retraite flexible dès 62 ans.

Les radicaux sont dans une position délicate: la baisse du taux de conversion a été proposée sous l'impulsion de leurs propres ministres, Hans-Rudolf Merz et Pascal Couchepin. Guido Schommer, secrétaire général du parti, évite de critique les «siens»: «La proposition va dans le bon sens. Même si, c'est vrai, il faudra éventuellement reparler du rythme auquel on va baisser le taux.» Et de se préoccuper lui aussi de l'assuré-électeur. «Ne pas vouloir adapter le taux est irresponsable. Il y a une réalité démographique. La nier, c'est risquer de torpiller le 2e pilier.» Quant à la bonne santé des marchés boursiers: «Il est tout de même étonnant que cet argument soit notamment soulevé par la gauche. Les socialistes seraient-ils soudains devenus adeptes du boursicotage à risque?», interroge-t-il.

Seule l'UDC peut soutenir la baisse de prestations sans trop risquer de froisser son électorat. Parce que cet électorat ne vote pas pour ce parti en raison de sa conception des assurances sociales.