Prévoyance vieillesse 2020

Retraites: les femmes n'ont pas encore avalé la pilule

La réforme des rentes est loin d’être sous toit. Mardi, le Conseil national a campé sur ses positions, très éloignées de celles du Conseil des Etats. Le sort des femmes est aussi incertain

La réforme de la prévoyance vieillesse menace de sombrer. Majoritaires au Conseil national, le PLR et l’UDC ont confirmé mardi matin l’essentiel de leurs positions. Ils ne veulent toujours pas entendre parler de l’augmentation mensuelle de 70 francs de la rente AVS, proposée par le Conseil des Etats et qualifiée de coûteux arrosage. Ils préfèrent augmenter le capital vieillesse des travailleurs afin de relever le 2e pilier. Une tentative de compromis déposée à la dernière minute par les Verts libéraux s’est soldée par un cuisant échec. L’objectif est pourtant le même: compenser la baisse du taux de conversion afin de maintenir le niveau des rentes.

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C’est le coeur du sujet et les femmes sont sur le qui-vive. Car il est un point sur lequel une majorité s’est déjà dégagée: elles devront travailler une année de plus, soit jusqu’à 65 ans, comme les hommes. Une mesure qui permettra d’économiser 1,2 milliard au fonds AVS d’ici 2030, lorsque la réforme entrera pleinement en vigueur. Contre quels avantages?

Cotiser plus pour avoir plus

Rapporteuse de la commission compétente du Conseil national, Isabelle Moret (PLR/VD) estime qu’en contrepartie, les femmes seront ensuite mieux traitées dans le modèle proposé par son parti. Contrairement à la situation actuelle, celles qui travaillent à temps partiel ou disposent de plus bas revenus bénéficieront d’une meilleure couverture du 2e pilier. Cette même catégorie pourra aussi prendre plus facilement une retraite anticipée. Comment? Le Conseil national veut éliminer la déduction de coordination, soit le seuil à partir duquel un salaire est soumis à la LPP.

Mais les Femmes socialistes suisses ne se laissent pas séduire et elles ont immédiatement réagi: «la variante du Conseil des Etats, avec le renforcement des rentes AVS, est la seule solution viable et potentiellement soutenable», estime Cesla Amarelle, coprésidente de cette section du PS. Elle ne souhaite pas anticiper le mot d’ordre de l’Assemblée des femmes socialistes, prévue le 25 mars, au terme des débats parlementaires. Mais elle s’attend à des débats nourris dans tous les cas de figure.

Pourquoi les Femmes socialistes mettent-elles en doute l’approche du Conseil national? Cesla Amarelle rappelle qu’il y a en Suisse 500’000 femmes qui n’ont que le 1er pilier pour vivre. Coprésidente de l’Alliance de sociétés féminines suisses, Maya Graf (Vertes/BS) a aussi regardé les chiffres de près. Certes, une jeune femme fraîchement active professionnellement verra sa rente augmenter lorsqu’elle arrivera à l’âge de la retraite, parce qu’elle aura eu davantage de temps pour compenser la baisse du taux de conversion de son capital en cotisant davantage à la LPP. Mais il y a toutes les autres. Les cinquantenaires notamment subiront à la fois l’augmentation de l’âge de la retraite et la baisse de leur rente.

La conseillère nationale Isabelle Moret ne lâche cependant pas le morceau et n’entrera pas en matière sur la hausse de 70 francs de la rente AVS. «Une caissière de supermarché travaillerait une année de plus, soit jusqu’à 65 ans, pour qu’Alain Berset ait 70 francs de plus par mois lorsqu’il sera retraité», résume-t-elle pour dénoncer ce saupoudrage.

Menaces sur les veuves

La position des organisations féminines dépendra également d’un autre aspect de la réforme: le maintien ou non de la rente pour les veuves sans enfants à charge. Pour Barbara Schmid-Federer (PDC/ZH), il s’agit «d’un sujet émotionnel qui peut déterminer l’avenir de toute la réforme». Elle estime qu’il ne faut pas charger le bateau, surtout que même si la société évolue, «il y a encore des femmes, dans le milieu paysan notamment, qui ont besoin de cette rente de veuve», plaide-t-elle.

Le PDC et le PS veulent également maintenir le supplément de rente pour ceux, majoritairement des hommes, qui ont encore des enfants scolarisés ou en formation, de même que les rentes orphelins pour les enfants recueillis vivant à l’étranger. Certains pays sont dans le viseur: la Thaïlande, la République dominicaine ou encore la Colombie. La droite voit dans cette prestation «un risque d’abus».

Conscient des dangers pour la réforme, le Conseil des Etats a biffé toutes ces restrictions touchant les veuves ou les enfants. Mais le Conseil national les a maintenues mardi. Il pourrait cependant y avoir là matière à compromis. De quoi attiser les craintes des organisations féminines qui auront déjà beaucoup de mal à retenir les troupes avec l’augmentation d’une année de l’âge de référence l’AVS, même contre une augmentation des rentes AVS de 70 francs.

Les socialistes fribourgeoises Valérie Piller Carrard et Ursula Schneider Schüttel ont conscience que même si la version des Etats, soutenue par le PS, l’emporte au Parlement, il sera difficile d’expliquer cette réforme aux femmes, qui attendent aussi des avancées sur le plan de l’égalité salariale. Une toute autre histoire…

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