Prévoyance vieillesse

Les retraites provoquent un choc des visions

Le Conseil national parviendra-t-il à présenter une révision équilibrée de la prévoyance vieillesse? Il a treize heures pour s’entendre. Lundi, il a déjà refusé le découpage du projet

Début d’un débat-fleuve lundi au Conseil national. Au lendemain du rejet de l’initiative AVSplus, les élus se sont concentrés sur la réforme de la prévoyance vieillesse 2020. Objectif: consolider le financement du 1er et du 2e pilier tout en maintenant le niveau des rentes. Mais on est encore loin d’une solution qui aurait une chance d’être acceptée par la population. Le Parlement est encore divisé sur la manière de compenser l’adaptation du taux de conversion, qui entraînerait une baisse des rentes du 2e pilier. L’idée d’un mécanisme pour augmenter automatiquement l’âge de la retraite en cas de difficultés financières de l’AVS fait également débat. «Notre responsabilité est immense», rappelle Thomas Weibel (GL/ZH), rapporteur de la commission. Première décision: le Parlement a rejeté une proposition de l’UDC de diviser le projet en trois parties et a commencé la discussion sur le relèvement d’une année de l’âge de la retraite des femmes. Qui veut quoi? Tour d’horizon des positions alors que la semaine qui s’annonce cruciale.

Le jeu dangereux de l’UDC

A quel jeu joue le premier parti de Suisse? Forte de huit représentants sur vingt-cinq à la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique, laquelle a consacré 55 heures à la réforme de la prévoyance vieillesse 2020, l’UDC n’est malgré tout pas satisfaite du projet tel qu’il se présente alors qu’elle a pu imposer de nombreux durcissements. Vendredi dernier, c’est le Zougois Thomas Aeschi, membre de la commission des finances et de celle de l’économie, qui a ainsi déposé pour son groupe une proposition de découpage. «L’UDC a réfléchi pour trouver une issue aux blocages actuels. Et la meilleure solution est de scinder la réforme en trois», explique le Bâlois Sebastian Frehner. Dans un premier temps, l’UDC se serait contentée d’augmenter l’âge de la retraite des femmes à 65 ans comme pour les hommes et de récupérer le 0,3% de TVA attribué jusqu’en 2018 à l’assurance-invalidité. Les autres mesures auraient été renvoyées au Conseil fédéral. Aucun autre parti ne l’a suivie sur ce terrain. La vision globale telle que présentée par le conseiller fédéral Alain Berset l’a largement emporté. Mais quelle sera la stratégie de l’UDC pour la suite du débat? Va-t-elle refuser le projet au risque qu’une alliance contre-nature conduise des années de travail tout droit à la poubelle? C’est ce qui est déjà arrivé au terme de la 11e révision de l’AVS, en 2010.

Les agitations du PLR

C’est un PLR dans une étrange posture qui s’est présenté lundi devant le Parlement. En commission, il s’est rangé du côté de l’UDC pour créer des majorités sur plusieurs points clés de la réforme. Mais ensemble, ils ne se sont pas entendus pour proposer des compensations à la baisse des rentes du 2e pilier. Car ils ne veulent pas des 70 francs que le Conseil des Etats propose d’ajouter aux rentes AVS. «Nous voulons garantir le niveau des rentes, mais en compensant la perte dans le 2e pilier», insiste Isabelle Moret, appuyée par le Tessinois Ignazio Cassis, le président de la commission. Dans l’urgence, le PLR a déposé son concept ce lundi. Il entend créer deux catégories de bonifications vieillesse (déductions salariales selon la classe d’âge) au lieu de quatre. Ce qui renforcerait l’employabilité des travailleurs âgés. Il entend aussi supprimer la déduction de coordination, soit le seuil à partir duquel une personne cotise au 2e pilier, ce qui améliorerait la situation des personnes à temps partiel, et donc les femmes. A voir aussi durant la semaine s’il va continuer à soutenir la création d’un mécanisme d’intervention visant à élever automatiquement l’âge de la retraite jusqu’à 67 ans en cas de nécessité. Lundi, il a été présenté comme un instrument protecteur, au même titre que le frein à l’endettement. «Le but est qu’il ne soit jamais actionné», précise Isabelle Moret.

Le PDC à la recherche d’une majorité

Les démocrates-chrétiens étaient opposés à l’initiative AVSplus, qui demandait une hausse de 10% des rentes du premier pilier. Mais leur proposition n’est pas si éloignée. Ils défendent une augmentation de 70 francs pour une personne seule de sa rente AVS, afin de compenser la baisse du taux de conversion. Le Conseil des Etats a approuvé cette stratégie. Et le conseiller fédéral Alain Berset pourrait vivre avec. Reste à trouver une majorité au Conseil national, ce qui est loin d’être fait. «Mais c’est le concept qui a le plus de chance d’être accepté, estime Ruth Humbel (PDC/AG). Et ce ne serait pas plus cher qu’un échec de la réforme».

La gauche derrière les femmes

L’initiative AVSplus rejetée, le PS pourrait aussi se contenter d’une hausse des rentes AVS de 70 francs, la recette concoctée par le PDC et également défendue par les Verts et le PBD. Mais une autre question va l’agiter cette semaine: le sort des femmes. L’augmentation d’une année à 65 ans de l’âge de la retraite rapporterait 1,2 milliard de francs suisses. Mais elle ne passera pas sans mal. Surtout auprès de sa base et des syndicats. Et les compensations prévues ne semblent pas suffisantes. Surtout que les femmes seront également pénalisées si le Parlement accepte de supprimer la rente des veuves qui n’ont pas d’enfants ou plus d’enfants à charge. «Les femmes supportent tous les efforts de la réforme», admet même Isabelle Moret. Reste que pour la gauche, ces sacrifices ne sont défendables que si l’égalité salariale entre hommes et femmes et assurée. Selon un rapport, les femmes touchent actuellement 37% de rentes en moins que les hommes. Parce que ce sont elles qui interrompent leur carrière ou baissent leur taux de travail pour s’occuper des enfants ou des aînés. La question des femmes est passée au second plan, estimaient dimanche les syndicats. Peut-être plus pour longtemps.

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