Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Alain Berset, conseiller fédéral.
© PETER SCHNEIDER/Keystone

Votations

Retraites: la quête du «vrai compromis» commence

La droite célèbre modestement sa victoire après le refus du paquet Prévoyance 2020. Et appelle le centre-gauche à quitter ses positions «idéologiques»

Alors que l’on s’attendait à un résultat très serré à la suite d’un long suspense, la votation sur la réforme des retraites a très vite basculé dans le camp du non. A 12h30, le chef de campagne des opposants Matthias Leitner confiait: «Si les cantons de Lucerne, Soleure et de Genève rejettent la réforme, alors nous aurons gagné.» Une demi-heure plus tard, c’était fait.

Certes, le comité de gauche contre la prévoyance vieillesse 2020 n’a pas tardé à revendiquer la victoire: «C’est un rejet populaire, syndical et féministe», pavoise-t-il. «Dans l’immédiat, le système des retraites doit être revu en profondeur: les ressources du deuxième pilier doivent être allouées exclusivement à l’AVS», insiste-t-il, en fusionnant les deux assurances.

Notre éditorial: Courage, Monsieur Berset

Appel aux «gens raisonnables»

Ce scénario n’a pourtant aucune chance de se produire, d’autant plus que le peuple a rejeté l’initiative AVSplus pas plus tard qu’en septembre 2016. Au nouveau centre d’achat et de restauration de la «Welle», à deux pas de la gare de Berne, les détracteurs de droite du projet d’Alain Berset, qui s’étaient regroupés sous la bannière de «L’Alliance des générations», n’avaient qu’un sourire condescendant pour leurs alliés d’un jour. «C’est clairement un non de droite, ainsi que le prouve le rejet des cantons conservateurs d’une hausse de la TVA», affirme Hans-Ulrich Bigler, à la fois conseiller national PLR et directeur de l’Union suisse des arts et métiers (USAM).

Lire aussi: Alain Berset ou le temps de l’urgence

Pourtant, les adversaires bourgeois de la réforme ont savouré modestement leur triomphe. Sans champagne, juste avec un verre de Merlot. «Il ne s’agit aujourd’hui pas de fêter quoi que ce soit, mais de mener à bien le mandat que nous avons, à savoir assurer le financement de ces assurances sociales par une vraie réforme», souligne Hans-Ulrich Bigler.

Même à l’UDC, les propos sont restés modérés. «Nous devons aujourd’hui mettre tous les acteurs du dossier à la même table, de manière à concocter la réforme des gens raisonnables», note Sebastian Frehner (UDC/BS).

Le patronat optimiste

A l’heure d’esquisser un plan B, l’Union patronale suisse (UPS) se montre plutôt optimiste. Elle estime que politiquement, la situation a changé par rapport aux années 2010-12. «La gauche admet aujourd’hui la hausse de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans et la baisse du taux de conversion dans le deuxième pilier. A droite, même l’UDC reconnaît qu’il faut augmenter la TVA pour pérenniser les assurances sociales», constate Martin Kaiser, responsable du dossier à l’UPS.

Rien ne sera pourtant facile, même si les détracteurs du projet d’Alain Berset sont d’accord sur un point: ils admettent l’objectif du maintien du niveau des rentes, un point qui rassurera le peuple lors d’une prochaine votation. La réforme globale est morte, il faut désormais avancer à plus petits pas, en commençant par séparer l’AVS du pilier de la prévoyance professionnelle.

Retrouvez tous nos articles sur le débat des retraites.

Concernant l’AVS, les éléments clés d’une future réforme sont plus ou moins clairs. A l’évidence, on renoncera à la grande pomme de discorde du projet qui vient d’échouer, à savoir la hausse des rentes de 70 francs par mois pour les nouveaux rentiers, sauf peut-être de manière très ciblée pour les femmes. Pour le reste, deux choses paraissent acquises: le passage de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, de moins en moins contesté sauf à l’extrême gauche, de même qu’une hausse «modérée» de la TVA.

Deuxième pilier: des pistes encore vagues

Pour le deuxième pilier, les choses apparaissent sensiblement plus compliquées. La baisse du taux de conversion de 6,8 à 6% devrait être maintenue, même si le peuple avait rejeté une mesure semblable à une majorité de 73% en 2010. Reste à savoir désormais comment elle sera compensée. Ici, tout semble encore vague, même s’il est déjà certain qu’employeurs et employés devront cotiser davantage.

Plusieurs ténors du PLR, dont la présidence Petra Gössi, ont avancé une première piste: élargir l’enveloppe des recettes en abaissant voire en supprimant la déduction de coordination, ce montant – actuellement de 24 000 francs – sur lequel le travailleur ne cotise pas. Vice-président du PLR suisse, Philippe Nantermod va même plus loin. Il propose non seulement d’abolir la déduction de coordination, mais aussi le seuil d’entrée, soit le salaire minimal pour cotiser, aujourd’hui de 21 000 francs par an. «Actuellement, le système est pervers. Il favorise les employeurs qui multiplient les postes à temps partiel mal rémunérés.» Mais les associations patronales, l’UPS comme l’USAM, n’y tiennent pas.

Une chose est sûre: même si de nombreux acteurs du dossier admettent qu’une réforme devient urgente, Alain Berset aura de la peine à trouver le «vrai compromis». Vainqueur du référendum qu’il a lancé, le comité de gauche tient à renforcer l’AVS: «S’il y a une nouvelle réforme, elle doit être faite pour les femmes avec des pensions dignes pour tout le monde», relève Michela Bovolenta, membre de ce comité.

Quant à la droite, elle ne désespère pas de rouvrir le débat sur la hausse de l’âge de la retraite à 66, voire 67 ans. Ne serait-ce que pour faire pression sur les votations à venir, prévues au plus tôt pour 2020.

Dossier
La bataille des retraites

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a