Soleil, gastronomie, vues à couper le souffle et coût de la vie moindre. Pour toutes ces raisons, les retraités suisses ont toujours massivement passé du temps au sud des Alpes depuis la fin de la Première Guerre mondiale, avec un pic dans les années 90. Or, depuis quelques années, le solde migratoire de cette population au Tessin est négatif. C’est ce que montre une étude récente concernant l’évolution démographique du Tessin des quarante dernières années, menée par Elio Venturelli, qui a dirigé pendant trois décennies l’Office cantonal tessinois de la statistique.

En observant les statistiques des migrations intercantonales, on constate que pour les 60-69 ans, les arrivées au Tessin ont fortement baissé ces dix dernières années, tandis que les départs, eux, ont augmenté. «Nous pouvons en déduire que l’intérêt pour le Tessin a sensiblement diminué, avance Elio Venturelli. La différence entre les arrivées et les départs de 1981 à 2018 est passée de plus de 300 unités dans les années 80 à des soldes de plus en plus faibles et négatifs.»

Baisse de la qualité de vie

Le chercheur rappelle que ces chiffres ne fournissent pas d’explications à ce phénomène, mais illustrent des tendances. Comment les interpréter? «En ce qui concerne le coût de la vie, le Tessin reste incontestablement compétitif par rapport au reste du pays», considère-t-il, ajoutant qu’il existe cependant un intérêt croissant pour d’autres destinations, où la vie coûte nettement moins cher. «Par exemple le Portugal, l’Espagne, la Thaïlande ou les Caraïbes.»

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Par ailleurs, Elio Venturelli estime que la qualité de vie au Tessin n’est plus celle d’il y a vingt ans. «La pollution et les problèmes de mobilité, en particulier dans les zones touristiques, sont devenus sérieux», souligne-t-il. Avec l’ouverture du tunnel du Gothard en 1980, le «Sonnenstube» a été pris d’assaut, notamment avec l’achat des plus belles parcelles de terrain au bord des lacs et la construction de nombreuses résidences secondaires qui, au fil des ans, sont devenues primaires. «Aujourd’hui, le Tessin n’intéresse plus autant la nouvelle génération de seniors, constate Elio Venturelli. Dans les zones traditionnellement occupées par les Suisses, il y a de nombreuses maisons à vendre et de nombreux chantiers de construction en cours qui resteront sans doute longtemps comme tels.»

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Pour le chercheur, le déclin de ce flux migratoire particulier a probablement entraîné – et continuera à le faire – une diminution de la consommation. «Il s’agit toutefois d’un impact marginal, si l’on considère que plusieurs dizaines de milliers de Suisses continuent à vivre au Tessin», nuance Elio Venturelli. Le fait que la population tessinoise ait diminué ces dernières années, à la suite du recul de la migration en provenance d’Italie, «est un signe clair de crise, bien plus important», selon lui.

Chute démographique

A cela, s’ajoute l’émigration de résidents de nationalité suisse, actifs mais pas seulement, qui se poursuit depuis plusieurs années. Ces dernières décennies, environ 8000 jeunes de 20 à 39 ans, pour la plupart qualifiés, ont quitté le canton pour trouver un emploi au nord du Gothard ou à l’étranger. «La structure économique de ce canton périphérique, très dépendant des travailleurs frontaliers, doit nous interpeller, soutient Elio Venturelli. Si l’on considère encore la dénatalité et l’entrée dans le troisième âge des baby-boomers, tendances également présentes dans le reste de la Suisse, la situation démographique du Tessin est inquiétante.»