Editorial

Question d’approche

Il y a deux manières de réformer les retraites. On peut procéder par tranches ou par une approche globale. La première méthode a échoué. Le peuple suisse a refusé la 11e révision de l’AVS en 2004 et la diminution du taux de conversion du capital de 2e pilier en 2010.

Alain Berset tente l’autre méthode en s’appuyant opportunément sur le constat d’échec des réformes partielles. Il est peu probable qu’il réussisse: le paquet qu’il présente est sans doute trop ambitieux, trop colossal pour ressortir indemne du traitement parlementaire qui débute.

Il contient cependant des éléments qui paraissent incontournables si l’on espère sécuriser les retraites face à ce double défi que sont le rallongement de l’espérance de vie et la prochaine sortie de la phase active de la génération du «baby-boom». Bien que tempétueux, les temps paraissent mûrs pour un âge de référence commun aux hommes et aux femmes. Par contre, la revendication par la droite économique d’un relèvement généralisé de l’âge de la retraite est en inadéquation avec la réalité de la vie des entreprises qu’elle représente.

Un consensus se dégagera pour une hausse de la TVA. Plusieurs raisons la justifieront: cet impôt est déjà utilisé pour l’AVS, sa réduction de 0,3% au terme de l’assainissement de l’AI à fin 2017 donnera un peu de marge, les retraités s’en acquittent autant que les actifs. Il faudra s’entendre sur le montant. On ne retiendra peut-être pas le scénario proposé – 1% de plus vers 2020, un demi-point vers 2027 – mais la logique voudra qu’un consensus se dégage pour cette solution.

Quant à la baisse du taux de conversion, le contexte a changé. En 2010, ce projet avait été plombé par le manque de vision d’ensemble, l’absence de mesures compensatoires et, rappelle une étude de l’Université de Genève, la méfiance générale découlant du sauvetage d’UBS. Ces trois obstacles semblent levés.

Alain Berset ne réussira probablement pas à maintenir sa réforme en un «acte législatif unique». Son paquet devra sans doute être scindé. Néanmoins, il a de bonnes chances de faire aboutir l’essentiel de ses propositions. S’il y parvient, il aura apporté la preuve que des réformes séparées sont possibles à condition qu’elles incluent des mesures permettant d’en atténuer les effets négatifs.