«Merci pour le merveilleux repas.» L’inscription, en pachto, figure au-dessus d’un croquis représentant les deux otages et leurs ravisseurs, autour d’une table bien fournie. Voilà un des dessins de Daniela Widmer, détenue par des talibans pakistanais pendant huit mois avec son compagnon David Och. Jusqu’à leur libération le 15 mars, Daniela a tenu un journal intime. Der Spiegel en a publié des extraits lundi. Les Bernois avaient auparavant accordé une longue interview à la SonntagsZeitung.

Ce repas copieux a été organisé à l’occasion de la visite du chef taliban Wali-ur-Rehman, considéré par les Américains comme l’un des pires terroristes pakistanais. Sur la page de gauche, Daniela a dessiné la scène du tournage d’une vidéo, avec son compagnon menotté.

Le couple revient sur le jour de leur rapt, le 1er juillet 2011. Aplatis à l’arrière du pick-up des ravisseurs, ils pensaient qu’ils allaient être abattus. Et se sont dit adieu. Pendant deux semaines, ils ont été transportés de Loralai au Waziristan; David a enchaîné les indigestions et crises de malaria. Le 14e jour, ils arrivent à Miranshah. Ils y resteront jusqu’à leur fuite, séquestrés dans quatre cachettes différentes. Le 19 août 2011, Daniela écrit: «Nous nous sommes habitués aux bruits des explosions et des tirs. Au vrombissement des drones 24 heures sur 24 aussi. C’est la guerre ici.» Ils reçoivent ce mois-là la première visite de Wali-ur-Rehman. Le chef des ravisseurs rencontrera à nouveau les otages le 14 février 2012.

Dans ses carnets, Daniela note tout. Elle raconte par exemple que les ravisseurs, armés jusqu’aux dents, regardaient souvent des films de propagande djihadiste et des scènes de décapitation sur des lecteurs DVD. Mais aussi des sketches de Mr. Bean, sans rien comprendre. Surtout, elle parle d’un certain Smatullah, arrivé un jour pour tourner une vidéo des otages, à divulguer sur Internet. Il parle parfaitement l’allemand. Daniela et David apprendront plus tard, par les services secrets pakistanais, qu’il s’agit de Mounir Chouka, Allemand de 30 ans, qui se fait appeler «Abu Adam d’Allemagne». Il a rejoint les rangs des combattants djihadistes depuis sept ans. Les otages remarquent que c’est un pro de la vidéo, contrairement aux Pachtounes qui ont tourné la première. Il leur explique ce qu’ils doivent dire, leur enjoint de parler en suisse-allemand pour faire plus authentique, menotte David et place derrière eux quatre combattants, kalachnikovs en bandoulière et visage enturbanné. «Après le tournage, David a été repris seul. Je reste en arrière, la peur au ventre. Je pense qu’ils vont exécuter David devant la caméra», écrit Daniela.