Les partisans eux-mêmes du revenu de base inconditionnel (RBI) en étaient parfaitement conscients: leur proposition n'avait aucune chance de passer. Le résultat de dimanche doit donc se mesurer à l'ampleur du refus.

Avec 78% de non selon les projections en début d'après-midi, la défaite est sévère. Certes, il faut tenir compte que les partis de droite étaient unanimes dans le refus et que le PS était majoritairement opposé. Seuls les Verts soutenaient l'initiative. Mais le décalage est frappant entre le résultat sorti des urnes et l'ampleur du débat de société que les partisans du revenu de base ont réussi à susciter, en particulier sur les réseaux sociaux.

Il faut reconnaître à l'initiative le mérite d'avoir su poser des questions fondamentales. Sur le travail, sur les mutations qui affectent l'emploi, sur le déclin de celui-ci – inexorable, assurent les partisans du revenu de base. Et sur l'avenir de l'Etat social tel qu'il a été patiemment bâti jusqu'ici, financé par le revenu des actifs.

Trop complexe

Ces interrogations, chacun ou presque se les pose. Mais le peuple qui vote et la communauté des internautes qui débat ne se recoupent pas. Les lourdes incertitudes qui entouraient le financement du RBI – susceptible de rétrograder la Suisse au rang des très mauvais élèves en matière d'équilibres budgétaires – ont inévitablement pesé lourd dans le résultat du vote. Les citoyens n'ont pas voulu se prononcer sur un principe sans pouvoir en connaître avec plus de précisions les conséquences financières.

Ce n'est pas en proclamant que «financer le RBI, c'est très simple» – comme l'assurait l'une des vidéos les plus vues sur les réseaux — que les initiants pouvaient espérer convaincre les électeurs. Ceux-ci ont su instinctivement qu'au contraire, financer le RBI serait très compliqué. On ne peut guère leur donner tort sur ce point.

Un débat utile

Il reste que la Suisse, encore prospère, avec un taux de chômage à faire pâlir d'envie ses voisins européens, a été le théâtre d'un vaste débat dont on aurait tort de croire qu'il a été inutile. Au contraire, tout indique qu'il se poursuivra. Mais vraisemblablement sous d'autres formes, car le revenu de base, aujourd'hui, est enterré. Pour ses partisans, la question se pose donc désormais de savoir comment ils comptent rebondir.