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8 millions de pièces de 5 centimes totalisant une valeur de CHF 400 000 sont déversées devant la Cour fédérale à Berne.
© PETER KLAUNZER

Edito

Revenu de base, retour au réalisme

Malgré son côté séduisant, l’initiative sur le revenu de base inconditionnel ne semble pas prête à passer. Notre éditorial

Recevoir chaque mois une somme d’argent suffisante pour vivre, sans conditions ni contrepartie aucune. Pouvoir ainsi s’affranchir d’un travail pénible, précaire ou devenu trop rare. Voir ainsi reconnues les activités non rémunérées – travail ménager, éducation des enfants, bénévolat, soutien aux proches âgés ou malades. L’idée du revenu de base inconditionnel (RBI), soumise en votation le 5 juin prochain, est intellectuellement séduisante.

Le monde du travail vit une profonde mutation. Un récent rapport du WEF (World Economic Forum), estimait que la 4e révolution industrielle – celle liée à la digitalisation et à la robotisation croissantes – entraînera la perte de 5 millions d’emplois. Les enseignants expliquent à leurs élèves qu’ils doivent se préparer pour des métiers qui n’existent pas encore. Les emplois indépendants sont en plein essor. Ces bouleversements sont source de profondes inquiétudes.

Dans ce contexte mouvant, le revenu universel rassure. Il fait naître le même sentiment qu’un film comme Demain: l’«empowerment», ce mot intraduisible évoquant une (re) prise en main de la situation face à l’adversité. Dans les discussions entre amis et collègues, comme sur les réseaux sociaux, le RBI entraîne des discussions politiques aussi passionnées que passionnantes.

Mais entre le fantasme et sa réalisation, il y a un monde. Le sondage GfS publié ce vendredi est frappé du sceau du réalisme: 72% des personnes interrogées s’apprêtent à refuser le RBI. Cette majorité écrasante ne va pas s’inverser, anticipent les sondeurs.

Lire également: Le revenu de base inconditionnel coule à pic

C’est que le texte soumis au vote ne dit rien de la mise en oeuvre du nouveau modèle, ni de son montant, de son financement, de l’articulation entre ce revenu et l’emploi salarié ou indépendant. Le changement de système proposé est tel que ses conséquences exactes, à long terme, sur le monde du travail et l’économie sont imprévisibles. A court terme, cela représente un gouffre pour les finances publiques et un tsunami pour les entreprises.

L’argument de la simplification des prestations sociales ne tient pas non plus: même si le montant évoqué de 2500 francs était adopté, cette somme ne suffirait pas pour vivre dans de nombreux cas, comme l’invalidité ou les maladies graves. Idem pour l’assurance-chômage ou l’AVS: comment imaginer des travailleurs aux revenus plus confortables voir du jour au lendemain leur train de vie s’effondrer? Deux systèmes devraient ainsi se superposer ne contribuant en rien à la simplicité.

En début de semaine, le coup de grâce est venu de l’un des initiants, Oswald Sigg, ancien porte-parole du Conseil fédéral. Dans le Tages-Anzeiger, il a admis que le RBI est inapplicable en l’état. La Suisse n’étant pas une île, elle ne peut introduire ce modèle seule, au risque d’un afflux massif vers le pays de Cocagne. Voilà pour la réalité. Voilà pourquoi l’initiative ne peut pas passer.

Mais de grâce, que cela ne nous empêche ni de débattre, ni de continuer à rêver.

Dossier
Le débat sur le revenu de base inconditionnel

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