Le revenu minimum de réinsertion (RMR) projeté par le Conseil d'Etat genevois a suscité, jeudi soir, des réactions de scepticisme. Renvoyé en commission des affaires sociales, le projet de loi du gouvernement a notamment fait l'objet de sévères critiques des libéraux, mais aussi des démocrates-chrétiens qui s'interrogent sur la neutralité prétendue de la réforme. Au sein de la gauche, c'est plutôt la modestie de la démarche qui la froisse.

Présenté par le conseiller d'Etat Guy-Olivier Segond voici deux semaines, le projet de RMR souhaite remplacer l'assistance publique, passive, par une aide sociale plus dynamique prévoyant une contre-prestation du bénéficiaire. Par là, l'intention est de créer un véritable droit individuel à l'aide sociale. La principale innovation réside dans la systématisation de la contre-prestation, mais cette dernière ne fait pas l'unanimité.

Le député libéral Jean-Rémy Roulet a fustigé la démarche de l'exécutif en arguant que le dessein d'introduire un RMR ne prend pas en considérations les «mécanismes de régulation du marché du travail. Aujourd'hui, il est paradoxal de constater que Genève compte 10 000 chômeurs alors que de nombreux secteurs connaissent des pénuries de main-d'œuvre.» La députée démocrate-chrétienne Nelly Guichard souligne que son parti approuve le principe d'un tel revenu minimum, mais émet plusieurs réserves. En particulier sur la neutralité de l'opération. A ses yeux, les coûts de fonctionnement découlant notamment de l'encadrement nécessaire à la bonne marche du système de contre-prestations ne sont pas vraiment connus. Mais la principale réticence de la démocrate-chrétienne a trait à la contre-prestation: «La contre-prestation prévue par le projet du gouvernement est définie de manière très lacunaire», insiste-t-elle. A cet égard, la députée écologiste Esther Alder juge indispensable d'interpréter de façon «très large» la contre-prestation. Selon elle, «cette dernière doit œuvrer à requalifier certaines personnes, mais elle doit aussi permettre un encadrement socio-éducatif.» Pour leur part, les socialistes restent très dubitatifs face à la contre-prestation. Leur président, Dominique Hausser estime qu'il n'est pas réaliste de l'imposer et qu'elle n'est en fin de compte «qu'une manière de faire passer la pilule aux détracteurs d'un véritable revenu minimum.» Et le député socialiste d'ajouter: «L'obligation de la contre-prestation peut produire les effets d'une camisole de force. Quant au montant alloué, il n'est vraiment pas suffisant», s'insurge-t-il. Montant qui s'élève à 14 668 francs par année.

Du côté de l'Alliance de gauche, les revendications relatives à un revenu minimum constituent une priorité absolue. D'autant que les personnes dépendant de l'assistance et du revenu minimum cantonal d'aide sociale (RMCAS) «ont doublé en dix ans», rappelle le président de la commission des affaires sociales, Gilles Godinat.

Le Parti radical est donc le seul parti à se rallier, sans réserve, au projet défendu par leur magistrat, Guy-Olivier Segond. Ce dernier s'est défendu d'avoir négligé de prendre en compte les coûts de fonctionnement du système RMR.

Au vu des réticences manifestées à gauche comme à droite, difficile d'imaginer que le RMR sera une réalité le 1er janvier 2002, comme prévu. Stéphane Bussard