Samedi dernier à Liestal dans le canton de Bâle-Campagne, ils étaient entre 5000 et 8000 à s’opposer aux mesures de restriction contre la pandémie, la plupart sans masque. Ils avaient déjà annoncé 10 000 participants au prochain rendez-vous, le 10 avril à Altdorf. C’était compter sans le refus des autorités uranaises, justifié jeudi par les «risques de dérapage» et la situation épidémiologique. Les organisateurs, une alliance de plusieurs groupes, n’entendent pas en rester là et annoncent dans la NZZ le dépôt d’un recours.

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Le contre-feu s’est poursuivi sous la forme d’une manifestation en ligne le même jour: sous les hashtags #noliestal et #noaltdorf, les messages de solidarité envers les mesures sanitaires se sont répandus comme une traînée de poudre sur Twitter, en guise de réponse aux mécontents dont les rangs grossissent.

A l’origine de cette action, le comédien Nils Althaus, 39 ans. «Je manifeste, mais sans contaminer les autres. Pour une action rapide et efficace. Pour les masques. Contre d’autres vagues. Contre l’imprudence de Liestal», écrit le Bernois, biologiste de formation. En l’espace de quelques heures, son message a suscité plus de 23 000 réponses sur le réseau social. Plusieurs élus se sont joints à l’appel, affichant des selfies masqués: le Vert Balthasar Glättli, la socialiste Min Li Marti, le député bâlois UDC Joël Thüring ou encore la conseillère d’Etat bernoise PBD Béatrice Simon. Des scientifiques ont réagi, telle Samia Hurst, bioéthicienne et vice-présidente de la task force covid de la Confédération, qui s’est émue de cette manifestation de «solidarité face au Covid-19».

Une «majorité silencieuse»

Même s’il ne s’attendait pas à susciter un tel engouement, Nils Althaus se doutait qu’il n’était pas le seul à se désoler. «J’avais déjà le sentiment de faire partie d’une majorité silencieuse favorable aux restrictions, au nom de la solidarité. Nous sommes aussi discrets que les opposants aux mesures sont bruyants, justement parce que nous respectons les restrictions: nous restons chez nous, nous ne voyons pas beaucoup de monde», explique-t-il. Devant les images de la manifestation de Liestal, la plus grosse à ce jour en Suisse, le comédien a ressenti le besoin d’exprimer un autre discours.

Il se voit comme un «catalyseur qui permet à d’autres, les raisonnables, ceux qui respectent et comprennent les mesures, de faire entendre leur voix. Parmi ceux qui soutiennent cette action, il y a des personnes de tout le spectre politique et de tous âges.» En février, une pétition pour la levée des restrictions lancée par deux jeunes PLR zurichois et soutenue par l’UDC, récoltait des milliers de signatures en quelques jours. Au vu des difficultés à se rassembler, les actions éphémères en ligne se multiplient. Avec quel impact? «Les politiciens sont des humains, ils réagissent à ce que pensent les gens. Ils ne peuvent pas ignorer le message», estime Nils Althaus.

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Le comédien n’appelle pas pour autant de ses vœux une interdiction catégorique des manifestations de rue. «Du moment que l’on respecte les mesures de sécurité – distance et masques –, ce doit être possible d’exercer le droit de se rassembler. Mais ce qui s’est passé à Liestal, ce n’est pas une manifestation, c’est un événement super-propagateur, avec des conséquences potentiellement graves pour la population.»