Les rêves des chanoines

Valais L’Hospice du Grand-Saint-Bernard lance un appel aux dons pour faire peau neuve

Les rénovations réconcilieront le bâtiment millénaire avec l’hôtel qui lui fait face

Les chanoines du Grand-Saint-Bernard fêtent l’ouverture printanière de la route du col. Vendredi, pour la première fois depuis six mois, les voitures se garent devant l’hospice. Le long de l’ancienne écurie aux volets clos et aux murs décrépis. Ou en face du petit restaurant et magasin de souvenirs de la bourgeoisie de Bourg-Saint-Pierre. Au-dessus de la route, l’ancienne passerelle relie l’hospice millénaire à l’Auberge de l’Hospice, construite à la fin du XIXe siècle. Pour éviter la neige qui fond lentement à l’ombre des murs, les chanoines et les employés empruntent régulièrement ce passage suspendu. Il y fait sombre. Ses fenêtres ont été condamnées pour préserver des rigueurs de l’hiver. Le corridor glacial est encombré de congélateurs.

Les murs de neige sont encore hauts de part et d’autre de la route du col. Les fraiseuses et les pelleteuses ont terminé de dégager les congères. Les célèbres chiens du Saint-Bernard ont retrouvé leur résidence d’été. Mais ce n’est pas seulement le printemps que les chanoines fêtent. C’est aussi le nouveau souffle qu’ils veulent donner à leur hospice. «Vous savez, à cette altitude et avec un bâtiment de cette taille, quand on a fini de rénover d’un côté, on recommence de l’autre», sourit José Mittaz, prieur de l’hospice. Les derniers grands travaux datent des années 90 et certaines rénovations sont urgentes.

Il faut refaire la ligne et la station électrique du col, qui datent de la construction du tunnel du Saint-Bernard, il y a cinquante ans. Les 130 fenêtres de l’hospice n’isolent plus suffisamment et doivent être remplacées. Chacune d’elles a une taille différente. C’est un menuisier de la région qui fabriquera sur mesure ces fenêtres à l’ancienne, en mélèze.

Le mur en pierre sèche qui protège la conduite d’eau potable entre la source et l’hospice doit être réparé. Dans les chambres et les dortoirs en bois, les alarmes incendie ne sont plus aux normes.

Annick Boisseaux-Monod, ancienne journaliste de La Liberté, supervise les travaux depuis plusieurs jours. Avec son mari, Stéphane, elle a décidé de reprendre la gestion de l’auberge. Ils s’occupent aussi de lever les fonds, avec l’appui du président du PDC Suisse, Christophe Darbellay. Pour l’ensemble des travaux souhaités par les chanoines, il faudra 4,7 millions de francs. «Nous avons déjà trouvé 1,7 million en moins d’une année», explique Stéphane Boisseaux-Monod. Une somme qui vient de collectivités publiques, de la Loterie romande, de fondations en faveur du patrimoine et d’un important donateur privé vaudois. «Au temps de la Réforme, les chanoines quêteurs avaient obtenu le droit de solliciter des dons en terre protestante», raconte José Mittaz. «L’utilité publique de l’hospice comme abri sur la route périlleuse du col était reconnue au-delà de la région et de la religion. Cette utilité publique est aujourd’hui patrimoniale, sociale, touristique», argumente-t-il. L’hospice engage des jeunes en difficulté, propose un lieu d’accueil et d’échange pour tous.

Annick Boisseaux-Monod inspecte les deux chambres témoins, à peine terminées, qu’elle montrera aux donateurs potentiels. Elle a enlevé une partie des parois en bois posées dans les années 90, changé la literie, choisi des citations sur le thème de l’hospitalité dont l’inscription sur les murs colorés ravit José Mittaz. «Nous nous sommes mariés à l’hospice, nous y avons baptisé notre fils et nous nous y sommes toujours sentis chez nous», explique le couple. Dorénavant, ce sera leur maison six mois par année. «Je suis en train de terminer les commandes pour les bières trappistes de toute l’Europe que nous vendrons à table ou au magasin», explique Stéphane Boisseaux-Monod, spécialiste du patrimoine culinaire suisse. «Nous aurons même de la Chimay dorée, extrêmement rare», se réjouit-il. Il a engagé un chef passionné de botanique, François Lord, qui préparera des mets typiquement helvétiques. «Nous visons une cuisine rustique chic.»

Entre l’hospice et l’auberge, les relations n’ont pas toujours été si harmonieuses. En témoignent l’encombrement et l’abandon de la passerelle qui permettait aux visiteurs de circuler librement entre eux. «Pour que l’auberge vive, il était convenu qu’elle accueille les visiteurs motorisés et que nous prenions en charge les pèlerins et les randonneurs», raconte José Mittaz. «Mais aujourd’hui, nous voulons rénover cette passerelle pour qu’elle redevienne un trait d’union entre les deux bâtisses», explique-t-il. Les Boisseaux-Monod ne seront pas des gérants indépendants mais des employés de l’hospice, proposant des chambres confortables, complémentaires aux dortoirs. Les premiers dons ont déjà permis la rénovation de la muséographie du trésor, témoin de mille ans de passage au Saint-Bernard. Dans les jours qui viennent, les bâtiments se couvriront d’échafaudages pour commencer les travaux de façade.