Le conseiller d’Etat valaisan Maurice Tornay est absent. Embourbé dans l’affaire Giroud, l’homme s’est appliqué à prouver son innocence en tant qu’ancien fiduciaire de l’encaveur soupçonné de soustraction fiscale pour 13 millions de francs. Depuis deux mois, Maurice Tornay ne communique qu’en réaction aux révélations médiatiques. Il ne s’implique dans ce dossier qu’au compte-gouttes, et échoue ainsi à rétablir la confiance. Pire, depuis deux mois, les citoyens et les parlementaires valaisans n’ont toujours pas entendu l’homme politique, le ministre chargé des Finances, avoir un quelconque discours politique sur la problématique des fraudes fiscales.

L’historien valaisan et PLR Philippe Bender le rappelait sur les ondes de la RTS le soir de Noël: cette affaire est éminemment politique, en premier lieu parce que la fiscalité concerne l’Etat. Aux premières questions que lui pose Le Temps, le 28 octobre 2013, Maurice Tornay répond pourtant, dans le rôle du fiduciaire: «Je ne commente pas les affaires d’un ancien client.»

Soumis à une forte pression des médias, des blogs et des partis minoritaires comme le PLR et les Verts, Maurice Tornay finit par répondre dans une double page du Nouvelliste . Juste à côté d’une interview de Dominique Giroud, qui déclare être en train de régler ses dernières «divergences de points de vue» avec le fisc. Comme illustration de l’article, le quotidien publie une lettre de la Confédération indiquant que Maurice Tornay n’est pas inculpé dans ce dossier. Occupé à prouver qu’il «est blanc», selon ses propres mots, le conseiller d’Etat échoue à prendre de la distance par rapport au contribuable soupçonné de fraude. Il n’adopte aucun discours politique, même général, sur la problématique des fraudes fiscales ou sur leur impact sur les finances cantonales, qu’il dirige, et ne condamne à aucun moment cette pratique.

Ce n’est que lorsque Canal 9 lui demande si tout sera entrepris pour que Dominique Giroud paie ce qu’il doit à l’Etat du Valais que Maurice Tornay confirme: «Bien entendu que la loi s’applique à tout le monde sans distinction.» Et quand le conseiller d’Etat s’exprime devant le Grand Conseil, soumis aux questions de la députée PLR Régine Pralong, c’est pour se draper dans sa fierté. «Je ne commente pas les articles de presse», dit-il.

S’il est évident que Maurice Tornay ne peut pas tout révéler de l’affaire Giroud en raison du secret de fonction, il ne peut pas non plus négliger qu’il n’est pas absolument souverain, et que les citoyens qui l’ont élu attendent des explications.

Quels que soient les impératifs auxquels il est soumis, un homme politique a toujours le choix de prendre de la hauteur, de s’extraire de la situation particulière pour prendre la posture d’un homme d’Etat avec un discours politique clair. Faute de quoi, sa discrétion peut être assimilée à un cautionnement. Voire à une complicité que ne manquent pas de soupçonner certains Valaisans. En termes de communication, c’est, pour l’instant, un échec. Parfois comparé à celui qu’a connu le candidat malheureux au Conseil d’Etat, Christian Varone, au sortir de sa prison turque.