La consultation sur la révision de l'AVS avait bien mal démarré pour Pascal Couchepin – trois partis allant jusqu'à boycotter sa conférence. Elle s'achève sous forme de désaveu. Car seul le propre parti du chef du Département de l'intérieur se dit satisfait du modèle présenté, qui prévoit un relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, la suppression des rentes pour les veuves sans enfants et le ralentissement de l'adaptation des rentes au renchérissement. Le tout assorti d'une rente-pont – point névralgique de la réforme – qui propose aux plus démunis (notamment rentiers AI et chômeurs, soit 9% des personnes âgées entre 62 et 64 ans) un départ à la retraite anticipée financé par un fonds indépendant de l'AVS.

Scepticisme sur la rente-pont

Si aucune des propositions ne fait l'unanimité, c'est précisément sur la rente-pont que les partis nourrissent à la fois les plus grandes divergences et le plus profond scepticisme. La gauche, qui soutient l'initiative pour une AVS flexible dès 62 ans lancée par l'Union syndicale suisse début mai, y voit d'une part un transfert de charges des assurances chômage et invalidité ainsi que de l'assistance sociale vers l'assurance vieillesse. D'autre part, dans leurs prises de position respectives, le Parti socialiste et les Verts fustigent un modèle qui correspond «à tout sauf à une flexibilisation des retraites pour tous» et, par conséquent, «ne répond pas au principe de l'assurance sociale sur lequel est basée l'AVS». Enfin, aux yeux du PS, il est inadmissible qu'une telle mesure, évaluée à 400 millions de francs, soit financée par la hausse à 65 ans de l'âge de la retraite des femmes, hausse qui permettra d'économiser quelque 565 millions. Et les socialistes de répéter leur grand credo, en substance: «L'AVS est dans les chiffres noirs. Dès lors, pourquoi s'obstiner à limiter, voire à supprimer des prestations?»

L'UDC ne se montre pas plus tendre, mais pour d'autres raisons. Si les démocrates du centre attendront la fin de la semaine pour communiquer le fruit de leur évaluation, le conseiller national zurichois Toni Bortoluzzi estime qu'il faut mettre un frein à «toute mesure qui consiste à baisser l'âge de la retraite d'une façon ou d'une autre». Pas opposé au principe de la flexibilité «vers le bas mais surtout vers le haut», il estime lui aussi qu'il est «faux» d'isoler une catégorie de bénéficiaires. «Une solution consisterait à prendre en compte les années de cotisation. Ainsi, toute personne pourrait toucher une rente pleine après 44 ou 45 ans de vie active, par exemple.» Autre bémol? Le coût de la rente-pont. «S'il s'agit réellement d'assainir l'AVS, pourquoi le faire à moitié?»

Du côté du PDC, qui prononcera lui aussi son verdict sur les propositions du Département de l'intérieur avant la fin de la semaine, le secrétaire général, Reto Nause, relève qu'il y a bon nombre d'améliorations et de changements à apporter. «Nous poserons des conditions sine qua non, notamment au sujet des modalités de la rente-pont.» Si elles ne sont pas acceptées, les démocrates-chrétiens pourraient bien proposer leur propre concept «pour une AVS sûre».

Les radicaux «ouverts»

Seuls les radicaux se montrent «ouverts» aux suggestions de leur conseiller fédéral. Mais sans euphorie. En cause? Toujours et encore la rente-pont. Car la définition de la catégorie appelée à en bénéficier – des personnes vivant dans des «conditions économiques modestes» – serait bien trop vague. D'où un risque d'abus qui ferait exploser la somme de 400 millions destinée au financement des départs anticipés, craint le PRD.

Sur la forme, les partis semblent néanmoins avoir mis de l'eau dans leur vin ces dernières semaines. «Il s'agit de ne pas reproduire l'erreur commise à propos de la 5e révision de l'AI, actuellement en cours, et de ne pas embourber d'emblée le débat sur l'AVS», commente Reto Nause. Pourtant, à l'heure actuelle, difficile d'imaginer qu'un compromis se dessine. Et Pascal Couchepin aura toutes les peines du monde à trouver une large majorité au parlement, appui indispensable pour contrer l'initiative de l'USS pour une retraite à la carte.