Hier matin, le Conseil d'Etat vaudois, via sa délégation aux ressources humaines menée en solitaire par Pascal Broulis, a annoncé à la presse que les négociations autour de la nouvelle grille salariale de la fonction publique sont «à bout touchant». Si au moins une faîtière des employés de l'Etat signe l'accord, Decfo/Sysrem pourrait devenir réalité le 1er décembre 2008, espère le conseiller d'Etat radical.

Au crépuscule, sur la place Saint-François à Lausanne, les syndicats et au moins 1500 manifestants, parmi lesquels des profs et des policiers, ont crié que les «négociations sont au point mort». A l'occasion de la «journée mondiale de l'action syndicale», «les perdants» du nouveau dispositif ont exprimé leur colère.

La réforme de la politique salariale de l'Etat vit une fois encore l'une des crises cycliques qui en jalonnent l'histoire depuis 1995. Avec le début des pourparlers officiels en juillet 2007, les flambées gagnent en intensité et se multiplient. L'enjeu principal de la passe d'armes concerne les compensations offertes aux enseignants du secondaire I (école obligatoire) et II (gymnase) ainsi qu'aux maîtres professionnels, notamment. Voilà les «victimes» de Decfo/Sysrem. Encore que d'autres laissés-pour-compte ont apparu, notamment une frange du personnel technique et administratif, indique Philippe Martin, du SSP.

C'est, en caricaturant à peine, l'un des rares points d'accord entre les deux parties. En revanche, la façon et les moyens de combler l'écart défavorable à ces catégories - de 800 à 1400 personnes selon l'estimation du président du Conseil d'Etat - suscitent depuis toujours escarmouches et discussions qui débouchent sur le blocage actuel. Qui pourrait motiver d'autres actions. En effet, l'Organe de conciliation saisi par les syndicats sur le cas des enseignants a livré hier un acte de non-conciliation, ce qui rend licite une grève éventuelle. SSP et SUD interrogent actuellement leurs membres sur la suite des opérations.

Enseignants pénalisés

Decfo/Sysrem redéfinit et replace toutes les fonctions de l'Etat dans un nombre réduit de classes. Contrairement à d'autres métiers que l'on souhaitait revaloriser, à l'image des instituteurs, les enseignants du secondaire ont été rétrocédés. Du coup, leurs revenus à long terme vont en souffrir, même si on leur garantit leur salaire nominal à l'heure du passage vers Decfo/Sysrem. Autrement dit, recasés plus bas dans l'échelle, leur salaire au terme de la nouvelle progression sera inférieur au plafond de la classe qu'ils occupent actuellement.

Il a été alors convenu d'utiliser 25 millions puisés dans le Fonds des congés sabbatiques, alimenté par le canton, afin de parer à la perte. Le Conseil d'Etat a imaginé une prime unique à titre de mesure transitoire avant de reprendre la réflexion en 2013, date à laquelle la nouvelle grille devrait tourner à plein régime. Les syndicats exigent par contre des indexations sur les montants alloués assortis de cotisations auprès de la caisse de pension de l'Etat de Vaud. En plus, ils demandent de démarrer en 2012 déjà les négociations en vue de la requalification des professeurs et maîtres lésés.

Comme les deux adversaires ne transigent pas, le conflit s'enlise jusqu'à la rue. Même si le gouvernement répète qu'il veut aboutir, mais que pour cela «il faut être deux», a tranché Pascal Broulis. Quant à Béatrice Métraux, secrétaire de la FSF (Fédération des sociétés des fonctionnaires vaudois), elle reconnaît le risque d'une fracture entre «les perdants» qui résistent et le reste de la fonction publique. Pour l'heure, insiste-t-elle aussitôt, la solidarité prime. Dans l'attente de l'information que l'Etat va livrer individuellement à l'ensemble du personnel sur sa situation future une fois Decfo/Sysrem entré en vigueur. A la fin de cette semaine, les collaborateurs de l'Etat connaîtront leur salaire et le montant global du rattrapage destiné à annuler les écarts engendrés par la nouvelle grille.

Les syndicats ont toujours déploré l'absence de transparence, voire l'absence tout court de données définitives pour tout le personnel. Là encore, ils regrettent des renseignements lacunaires. Car, comme l'indique la FSF, une consultation devra permettre à ses affiliés et aux associations membres de dire s'ils acceptent le dispositif en gestation. Avant de signer un accord ou de poursuivre les négociations et, le cas échéant, la mobilisation.