La semaine dernière, élus genevois et de France voisine clamaient l'union sacrée autour du projet ferroviaire Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse (CEVA) (LT du 04.01.2005). Pour eux le tronçon de 1,9 km entre Annemasse et la frontière doit absolument être composé de deux voies ferrées en tranchée couverte afin d'assurer la continuité avec le futur ouvrage genevois. Pourtant, du côté de l'Etat français, on se pose deux questions simples: est-il vraiment nécessaire d'investir 90 millions d'euros pour enterrer deux voies ferrées, alors que cela ne coûterait que 30 millions d'euros en surface? Et puis, une simple voie en surface à 20 millions d'euros n'est-elle pas suffisante?

Ces interrogations font pâlir ceux qui militent pour la construction d'un ouvrage transfrontalier d'envergure… car elles sont légitimes. Surtout si l'on prend conscience du désert ferroviaire de Haute-Savoie.

Selon les planificateurs genevois, la future ligne inciterait au moins 5000 travailleurs frontaliers à laisser leur voiture au garage pour monter dans le train. Cette vision n'est-elle pas trop optimiste? Le réseau ferroviaire de la Haute-Savoie à une voie est-il prêt à absorber l'augmentation annoncée du nombre de trains? Et les Français auront-ils le réflexe de monter dans le train alors que, actuellement, moins de 1% d'entre eux utilise ce mode de transports?

«Il faut le reconnaître, en Haute-Savoie, la plupart des voies sont vétustes et datent d'avant-guerre», déplore Bernard Soulage, le vice-président du Conseil régional de Rhône-Alpes. La plupart des aiguillages fonctionnent encore manuellement. Organisatrice du transport ferroviaire régional, Rhône-Alpes a entrepris d'améliorer la desserte et la qualité des transports sur l'ensemble de son territoire en organisant des comités de ligne, qui réunissent la SNCF et des représentants d'usagers. Le constat est alarmant. «La part des voyageurs en train ne dépasse même pas 5% des déplacements en transports publics, c'est le taux le plus faible de la région», remarque Bernard Soulage.

Chaque jour, environ 200 000 personnes se rendent de la Haute-Savoie vers Genève. Ils ne seraient que 650 à le faire en train. Et pourtant, plusieurs rames desservent Genève - Eaux-Vives. Tous les jours, vingt trains débarquent des voyageurs à Annemasse en dix minutes: ils ne sont que 270. Sur l'ensemble de la Haute-Savoie, seules 4000 personnes empruntent le réseau.

Certes, depuis deux ans, grâce aux efforts consentis par l'ancienne équipe à la tête de la Région, la fréquentation des passagers est à la hausse. «Ce serait extrêmement réjouissant si on ne partait pas de si bas», tempère Roger Vioud, conseiller régional et élu d'Annemasse. La liaison ferroviaire qui a enregistré en 2004 la plus forte augmentation de passagers – plus 87% par rapport à 2003 – est celle entre Genève - Eaux-Vives et Annecy. Un résultat relatif, puisqu'en 2004 ils n'étaient que 43 voyageurs à utiliser quotidiennement la ligne, qui met une heure et demi pour relier les deux villes!

Président de l'Association Genevois Faucigny des usagers des transports (AGFUT), Régis Vallier regrette l'état déplorable du réseau ferroviaire de Haute-Savoie, qui empêche une bonne desserte. «Les gens n'ont pas le courage d'attendre vingt minutes leur correspondance sur le quai», explique-

t-il.

A l'instar de Genève, la région Rhône-Alpes est devenue très ambitieuse. A l'horizon 2010-2012, elle prévoit un train par heure entre Genève et Annecy (contre deux par jour actuellement) et un par demi-heure entre Genève et Evian (contre trois par jour actuellement). Pour y parvenir, le vice-président de Rhône-Alpes est conscient qu'il faudra investir, et pas seulement entre Annemasse et la frontière. «Pour l'instant, nous avons consacré 250 millions d'euros pour remplacer le matériel roulant, il nous faudrait encore 250 millions d'euros supplémentaires par année pour financer des travaux sur l'ensemble de la région», indique Bernard Soulage.