A Bienne ces derniers mois, la question du racisme et les déclarations du directeur de la Sécurité municipale, Jürg Scherrer – acquitté en octobre par le TF des accusations de discrimination raciale qui pesaient sur lui –, ont fait des remous. Pour y faire écho, la communauté africaine de Bienne a organisé jeudi une marche de protestation, en collaboration avec d'autres ethnies minoritaires et des représentants de la Ville. D'origine angolaise, Ricardo Lumengo, conseiller de Ville et organisateur de la manifestation, éclaire la situation.

Le Temps: Pour quelle raison la communauté africaine de Bienne a-t-elle éprouvé le besoin d'aller manifester?

Ricardo Lumengo: Nous voulons faire connaître au grand public la discrimination dont les gens de couleur sont victimes. Récemment, un jeune étranger a été interpellé et maltraité par la police municipale. Le directeur de la Sûreté a tenu à cette occasion des propos choquants. Il a laissé entendre qu'en de telles circonstances, un noir racontait n'importe quoi. Ce n'est de loin pas la première fois qu'un étranger est victime de brutalités de la part de la police municipale. Le cas de ce jeune homme est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

– En quoi consistent vos revendications?

– Cette marche de protestation a surtout pour objectif d'exprimer notre indignation et de condamner ces actions et propos. Si revendication il y a, c'est celle du respect et de l'égalité des races. Nous voulons que la police cesse d'interpeller les gens de couleur, et les Noirs en particulier, pour la seule raison qu'ils ont la peau foncée. Le slogan «Ça suffit; plus jamais ça à Bienne!» illustre bien notre indignation face à cette forme de racisme.

– Existe-t-il un problème de racisme particulièrement important à Bienne?

– Nous sommes convaincus que la majorité de la population biennoise n'est pas raciste. Cela n'exclut pas certaines mauvaises expériences, avec des voisins méfiants ou lors de la recherche d'un emploi. Ces aspects sont toutefois similaires à ceux auxquels sont confrontés les étrangers dans les autres cantons. Par ailleurs, Bienne est aussi une ville romande. Or, la population romande est plus ouverte et fait preuve d'une plus grande tolérance vis-à-vis des étrangers.

– Quelles mesures concrètes pourrait-on prendre pour remédier à la situation actuelle?

– Le postulat d'urgence que j'avais réclamé après une autre arrestation mouvementée a été rejeté par le parlement communal. Il est pourtant important que ce genre d'enquête soit effectué dans les plus brefs délais, afin de débloquer la situation. La classe politique se doit de donner des signaux clairs en matière de lutte contre le racisme. Quant à la communauté africaine, elle doit respecter l'ordre et s'organiser pour qu'il n'y ait pas lieu de faire de reproches à aucun de ses membres.