Est-ce une tricherie électorale ou une maladresse montée en épingle? Le premier élu noir du parlement fédéral, le socialiste biennois Ricardo Lumengo, se trouve dans l’œil du cyclone pour avoir rempli 46 autres bulletins de vote que le sien, lors des élections fédérales d’octobre 2007, qui l’avaient triomphalement propulsé au Conseil national et sur le devant de la scène internationale.

Il avait déjà procédé de la sorte, avec une quarantaine de bulletins, au printemps 2006, lors des élections au Grand Conseil bernois, où il avait également été élu. «Je regrette l’erreur que j’ai commise», avoue l’élu d’origine angolaise de presque 48 ans, arrivé en Suisse en 1982 comme demandeur d’asile, naturalisé en 1997, au parcours politique fulgurant depuis 1984 et sa première élection au parlement de la Ville de Bienne.

Ricardo Lumengo explique avoir «aidé des gens qui avaient du mal de comprendre le mécanisme électoral en remplissant leur bulletin de vote». Et d’insister: les candidats inscrits, parmi lesquels il figure, étaient agréés par les électeurs, qui ont signé leur carte de vote et déposé personnellement leurs bulletins dans l’urne. Ricardo Lumengo reconnaît une «erreur», pas une manipulation ou une fraude électorale.

L’affaire, révélée par le quotidien zurichois Blick, a été découverte en 2008 lors d’une inspection des bulletins de vote dans le canton de Berne. L’écriture identique sur plusieurs bulletins a interpellé. La vérification a été confiée au juge d’instruction biennois Peter Thoma, qui a mandaté un expert en graphologie. Il a démontré qu’il s’agit, à 47 reprises aux fédérales de 2007 et à 44 aux cantonales de 2006, de l’écriture de Ricardo Lumengo. Le juge a bouclé son enquête et entendait rendre publiques les conclusions en janvier. Ricardo Lumengo a fait opposition et obtenu l’effet suspensif.

La captation de suffrages, selon la terminologie officielle, pour peu qu’elle soit retenue par le juge devant lequel Ricardo Lumengo devra comparaître, n’est réprimée que d’une amende. L’élu n’entend ainsi pas démissionner de son poste, affirmant que «le plus important, c’est ce que je fais comme représentant de mes électeurs. Je ne suis pas parfait, j’ai commis une erreur, je ne la répéterai plus».

Ricardo Lumengo est coutumier des «affaires». C’est certainement en raison des attaques personnelles dont il a été la cible, de la part du Parti de la liberté de Jürg Scherrer à Bienne, qu’il s’est fait un nom et a accédé au Conseil national. En septembre 2008, il faisait pâle figure lors d’un débat télévisé. Sa piètre prestation était vertement critiquée dans certains médias, la conseillère nationale socialiste Ada Marra dénonçant «un lynchage».

Précision importante: ce ne sont pas les 46 bulletins de vote remplis pour d’autres électeurs qui ont déterminé l’élection de Ricardo Lumengo. Il est certes le troisième et dernier élu de la liste masculine du PS bernois, mais avec 43 447 suffrages, il précède le premier, viennent ensuite Corrado Pardini de 11 294 voix. Pourtant, à la veille d’élections cantonales bernoises où le PS a beaucoup à perdre et à dix-huit mois des fédérales, la crédibilité de Ricardo Lumengo, déjà sous caution en raison de sa discrétion sous la Coupole, en prend un sale coup.